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L'après Libre Journal
Entretien courtois avec Nicolas Bonnal
Entretien réalisé à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage : "Mal à droite, lettre ouverte à la vieille race blanche" aux éditions Michel de Maule

Nicolas Bonnal, vous êtes retourné pour un temps en Espagne à Grenade, où vous aviez écrit votre livre sur le voyageur éveillé.

Oui, entre-temps, l’Espagne a bien changé. J’ai vu l’Aragon et la Catalogne dévastés par les chantiers, l’immobilier, la mégalomanie des élus locaux. Saragosse est devenue un Mordor digne de Tolkien avec des dizaines de kilomètres de friches industrielles, de détritus urbains, et d’éoliennes inutiles distribuées çà et là dans un décor d’apocalypse. Notre-Dame du Pilar semblait perdue dans cette horreur néanderthalienne. Puis je suis retourné à Grenade où l’on fête deux décennies d’immobilier fou et la culture de l’euro... avec 30 % de chômage et une ville éteinte. Même le tourisme est moribond, comme dans beaucoup d’endroits culturels de ce bas monde, et l’Alhambra est elle-même condamnée aux travaux forcés et perpétuels, prisonnière des restaurateurs que Balthus haïssait justement.


Qu’avez-vous voulu dénoncer dans votre ouvrage ?

C’est un ouvrage de commande : je n’y dénonce donc rien que je n’aie déjà fait dans mes textes d’humeur ou mes chroniques. Nous sommes sans une apocalypse molle et médiocre, une apocalypse moribonde et sans grandeur. Il ne nous reste qu’à vieillir, à compter nos sous et notre immobilier, et à espérer ne pas être euthanasiés tout en désirant rester le plus jeune possible le plus longtemps possible. En réalité, depuis que je suis adolescent, je n’ai vu qu’empirer l’Europe ou l’occident en général, mais dans une douce et grasse atmosphère, celle que justement déjà dénoncent Poe, Tocqueville, Flaubert et les grands écrivains russes et chrétiens du XIXe siècle. Bloy attendait les cosaques et le Saint-Esprit, nous aurons eu les oligarques et le feint-esprit.


A propos d’oligarques, vous attaquez férocement la droite anglo-saxonne du début des années 80, ses dérèglementations, son impérialisme et son arrogance...

Nous voyons son crépuscule aujourd’hui ; faire la fortune des riches n’enrichit pas un pays. Et nous voyons aussi le déclin de l’Europe petite-bourgeoise et social-démocrate, tout aussi engoncée dans son arrogance et son ignorance du monde ; rien que des pays en faillite budgétaire, et donneurs de leçons. J’ai vécu en Amérique du Sud, et je sais qui progresse et qui régresse. Mais je crois que je m’en suis pris à cette génération Thatcher-Reagan-Mitterrand-Berlusconi parce que c’est celle que j’ai vu à l’oeuvre depuis mes vingt ans. Et le bilan est pitoyable. Pour la première fois depuis longtemps, l’histoire est morte. Voyez la nullité et l’insignifiance des soi-disant révolutions arabes... C’est au moment où la démocratie ne signifie vraiment plus rien comme projet qu’on les laisse se produire.


Vous évoquez aussi une nouvelle humanité...

Oui, une humanité de filles branchées et de serveurs soumis (servus, l’esclave de la métropole romaine et de sa plèbe) celle qui exaspérait Philippe Muray. Mais je crois que l’humanité actuelle s’adapte à l’ère du vide, à la médiocrité, à la puérilité et à la technologie omniprésente. Elle est comme le dernier homme prophétisé par Nietzsche, qui a inventé le bonheur et veut prospérer comme le puceron. On est dans le domaine de l’insoutenable légèreté de l’être, expression que Kundera avait d’ailleurs piquée à Tolstoï. On n’entend plus jamais d’ailleurs discuter de politique au café. On n’en n’a plus rien à foot, c’est le cas de le dire.


Vous développez une approche paradoxale de l’apocalypse dans votre livre : elle serait permanente...

Oui, et c’est le discours du pape au couvent des Bernardins qui m’a mis la puce à l’oreille : l’apocalypse n’est pas chronologique, elle est existentielle. Elle concerne chacun de nous, ceux qui au moins ont une conscience ou un sanctuaire à défendre. Au quotidien. Il faut être comme un moine ou une communauté au temps des invasions barbares qui sont avant tout spirituelles.


Que trouvez-vous donc de si particulier à notre époque ?

Sa nullité intellectuelle et culturelle. Tout est recyclé, ou parodié, ou congelé, ou bien emmailloté comme l’Alhambra. Les jeunes cultivés d’aujourd’hui sont nostalgiques. Internet aura aussi noyé le poisson puisqu’il y a plus de gens qui s’expriment que de gens qui écoutent. La communication aura épuisé la réception.


Et avec ces bonnes nouvelles, vous comptez vendre votre livre ?

Pas du tout, puisqu’on lit gratis et qu’on écrit son blog. C’est cela, la toute petite apocalypse. La vie moderne est une petite mort.


Et vous vous consolez comment ?

Par l’amour et par la versification. C’est le meilleur rempart contre mon immodération de fait. Tenez, vous me donnez une idée : réécrire ce livre pour personne, mais en vers... et contre tout !

propos recueillis par Horbiger
10 février 2011 - lien permanent

Serge de Beketch : 'Mémoires Inachevés', présentés par Nicolas Bonnal et Danièle de Beketch

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par Serge de Beketch et Patrick Gofman, lors de l'émission du 11 avril 2007 sur Radio Courtoisie. (0:38)


Archives du Libre Journal de Serge de Beketch en ligne

Archives du Libre Journal de Serge de Beketch à télécharger

Nicolas Bonnal : 'Les voyages de Horbiger, ou les Maîtres Carrés'

Patrick Gofman : 'Dictionnaire des Emmerdeuses'

Nicolas Bonnal : 'Mal à Droite - lettre ouverte à la vieille race blanche'

Laurent Blancy : 'Atlas de géopolitique révisé'

Patrick Gofman : 'Vengeances de Femmes'

François Brigneau : 'Faut toutes les buter'

Jean-Paul Chayrigues de Olmetta : 'Almanach du Marquis 2009'

Laurent Glauzy : 'Extraterrestres - Les messagers du New Age'

Retrouvez le Libre Journal de Serge de Beketch sur Radio Beketch,
avec Victoria, J.-P. Rondeau, F. Roboth, Le Marquis et Gofman.

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