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L'après Libre Journal
Après l’Apocalypse
Nos adieux à la matrice
par Nicolas Bonnal

On voit poindre, en effet, un âge où l’homme
n’attachera plus beaucoup d’intérêt à son passé.

Renan

D’un commun accord, nous avons décidé avec Hervé, le créateur et le manipulateur de ce site, de mettre fin à nos chroniques historiques, philosophiques, politiques et cinématographiques. J’avais été enchanté de pouvoir envoyer mes textes au site, ouvert avant la mort de Serge, et que je lisais lorsque je vivais au loin, là-bas, entre les Andes et les pampas - ce loin est devenu tout près, depuis. J’ai ensuite fourni d’autres sites du web grâce à la France courtoise. Pour parler comme le docteur Plantey, j’aurais peut-être dû écrire sur des sujets plus limbiques, la bouffe, la santé, le sexe, la psychologie, les piscines... Mais on ne se refait pas. On croyait comme toujours que de grandes heures approchaient. Le Grand Soir quand... Où êtes-vous, Jean Phaure, Serge, Jean Parvulesco, prophètes endormis du retour des grand temps ?

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A propos de grand temps, ne surtout pas se faire des illusions sur notre cher passé, notre bel âge d’or. Prenez ces Grecs, si chers à Heidegger et à tout le monde !

« Il s’échauffe ensuite dans la conversation, déclame contre le temps présent, et soutient que les hommes qui vivent présentement ne valent point leurs pères. De là il se jette sur ce qui se débite au marché, sur la cherté du blé, sur le grand nombre d’étrangers qui sont dans la ville... puis il dit que le siècle est dur, et qu’on a bien de la peine à vivre... il lui annoncera comme une chose nouvelle que les Mystères se célèbrent dans le mois d’août, les Apaturies au mois d’octobre ; et à la campagne, dans le mois de décembre, les Bacchanales. Il n’y a avec de si grands causeurs qu’un parti à prendre, qui est de fuir. »

C’est de Théophraste, IVe siècle avant notre Ere, et c’est traduit par La Bruyère. Quand Kojève vous dit d’apprendre le Grec ! Presque aussi sots que nous sans la presse !

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Mais parlons donc de notre mise en veille. Six ans après la mort de Serge, il fallait bien que cette décision arrivât, qui a été encouragée par les analyses de nos chroniques (tout est insupportablement la même chose depuis Juvénal, Montesquieu, Tocqueville, et l’excellent François Hollande ne mérite pas plus les critiques que la moyenne de ses prédécesseurs royaux et républicains) et par notre besoin de nous éloigner de la matrice. J’ai aussi arrêté la radio et mes contributions aux autres médias francophones. Ne plus transmettre, c’est ne plus se connecter ; ne plus se connecter, c’est ne plus se faire posséder par le système ; on ne doit garder le contact qu’avec le courrier électronique, seul nécessaire en fait (je me suis marié grâce à lui), mais qui est un genre tombé en déshérence (Facebook excite plus l’hyper-ego gonflé de mes contemporains). Pour le reste le réseau se limite pour moi à <archive.org>, <ebooksgratuits.com>, <uquac.ca>, car c’est là qu’on trouve gratuites les valeurs sûres. Pourquoi se fatiguer à s’informer ?

« S’il est permis à qui rarement regarde les journaux de porter un jugement, rien de nouveau jamais n’arrive à l’étranger, pas même une Révolution française. »

C’est ce qu’on appelle prendre le Thoreau par les cornes !

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A moi, lecteurs, un mot. Lorsque nous étions passés de <francecourtoise.info> à <france-courtoise.info>, Hervé m’avait appris que nous avions perdu 70 % de nos 12 000 lecteurs (je ne crois pas que nous les ayons jamais récupérés) qui furent trompés par le nom différent de l’emballage et ne prirent jamais le temps, les deux secondes en fait, de le retrouver sur le web, via Google (dont l’action a décuplé en dix ans ; à la bourse, achetez ce sur quoi vous perchez votre nez).

Cela vous découragerait de vous donner du mal pour ces bons lecteurs, pas vrai ? Et pourtant nous nous en donnâmes du mal, pour honorer la mémoire de Serge (avoir mon blog m’aurait répugné), pour faire déshonneur à la monstrueuse matrice et aux Illuminati qui vous contrôlent, pour défier l’ennui de notre course misérable, comme disait Vinci (Léonard, pas le parking).

Mais bon, tout a une fin et je me rappelle très bien que Serge, qui n’était certes pas un modèle de sagesse, est mort de ne pas se libérer des contraintes extraordinaires qui étaient les siennes et ont fini par le tuer. Pas d’exercice, pas de repos, pas de nature. Du Paris, des grosses bouffes de la Droite, de l’info et de la matrice à pleins pots, des haines bien distribuées venant de tout côté et une fin à la Balzac avec Danièle qui le pleure toute seule. Et qui lit encore ses articles ?

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C’est ici que nous nous rejoignons Hervé et moi : lui avec son jardin, son bricolage, ses huit gamins et son éternelle bonne volonté et petite fée efficacité ; moi avec ma flemmardise, ma femme merveilleuse, ma mer Méditerranée et mes dix mille lectures. Il y a aussi Trevelez, cet extraordinaire village nid de colombes et pas nid d’aigle d’où l’on peut défier le mur du temps et tourner en ridicule les prophéties des Nôtres, comme disait Parvulesco. On préfère donc décrocher des réseaux, nous déconnecter (devekuth, connexion en hébreu, donne aussi le dingo, le possédé, le dibbouk !) et revenir à nos moutons et à nos beaux jardins qu’on ne cultive jamais assez. Mes lecteurs nostalgiques auront tout loisir de vérifier dans mes chroniques qu’il vaut mieux quitter la folie du monde, puisqu’elle a toujours été ici et qu’elle sera toujours là, que ce soit pendant la guerre de cent ans, les guerres de religions, les guerres impériales puis mondiales, ou les guerres des boutons de télévision.

Allons plus loin et indiquons aussi à nos lecteurs que la réélection d’Angela n’a en soi aucun intérêt ; mais que l’âge médian de l’électeur allemand est de soixante ans : la fin de l’histoire, c’est surtout l’allongement de la durée de vie. La nôtre. La vôtre, la mienne. Il nous reste modestement comme le temps passe de plus en plus rapidement (normal, puisque nos vies durent de plus en plus longtemps) à tourner la page, à arrêter de penser que l’homme est un loup pour l’homme - c’est surtout un rat - et à revenir à nos moutons, comme on disait plus haut. Je viens de voir ma voisine vendeuse de poteries, une délicieuse sage de 80 ans sortir dans la rue (il fait encore trop chaud ici) avec sa mère de plus de cent ans. Je vous assure que cela remet les idées en place plus que l’intervention en scierie, comme dirait Horbiger. Car on va tous finir comme ça, n’est-il pas ? Voyez Reagan, Thatcher, les papes. Le dernier finira plus vite, tant il est fatigant, dans son jésuitisme renversé, à vouloir tout séduire et recycler.

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Je remercie au passage mes lecteurs fidèles et finauds qui ne m’ont d’ailleurs jamais témoigné leur estime ou leur reconnaissance et je les invite à me lire en russe ou en anglais quelque part sur le web. Je reste un fan de l’Union soviétique et de la Russie de Poutine ; j’y écrirai libéré là-bas ; je viens d’ailleurs de découvrir une adaptation fabuleuse des "Trois Mousquetaires", une parodie géniale digne de mes "Maîtres Carrés" et des Mandeville ! Et les acteurs russes ont des têtes des Français du Grand Siècle !!!

Après nous être libérés du temps, libérons-nous de l’espace - et de l’espace hexagonal. Je laisse Bonald conclure lugubre à notre place :

« L’homme civilisé ne voit la patrie que dans les lois qui régissent la société, dans l’ordre qui y règne, dans les pouvoirs qui la gouvernent, dans la religion qu’on y professe, et pour lui son pays peut n’être pas toujours sa patrie. »

6 octobre 2013, 6e anniversaire de la mort de Serge - lien permanent

Serge de Beketch : 'Mémoires Inachevés', présentés par Nicolas Bonnal et Danièle de Beketch

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par Serge de Beketch et Patrick Gofman, lors de l'émission du 11 avril 2007 sur Radio Courtoisie. (0:38)


Archives du Libre Journal de Serge de Beketch en ligne

Archives du Libre Journal de Serge de Beketch à télécharger

Nicolas Bonnal : 'Les voyages de Horbiger, ou les Maîtres Carrés'

Patrick Gofman : 'Dictionnaire des Emmerdeuses'

Nicolas Bonnal : 'Mal à Droite - lettre ouverte à la vieille race blanche'

Laurent Blancy : 'Atlas de géopolitique révisé'

Patrick Gofman : 'Vengeances de Femmes'

François Brigneau : 'Faut toutes les buter'

Jean-Paul Chayrigues de Olmetta : 'Almanach du Marquis 2009'

Laurent Glauzy : 'Extraterrestres - Les messagers du New Age'

Retrouvez le Libre Journal de Serge de Beketch sur Radio Beketch,
avec Victoria, J.-P. Rondeau, F. Roboth, Le Marquis et Gofman.

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