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L'après Libre Journal
Après l’Apocalypse
Le pape François et le tournant postmoderne du Vatican
par Nicolas Bonnal

On a parlé d’un blocage des cartes bancaires du Vatican peu avant le départ du précédent pontife, blocage qui aurait déterminé et accéléré l’élection du premier pape postmoderne, cool, ouvert au sens de Bergson ou Georges Soros.

Car depuis qu’il a été élu pape, alors qu’un bel éclair frappait le dôme de la basilique Saint-Pierre, le prélat italo-argentin Bergoglio n’a cessé de multiplier les provocations : c’est un rebelle. Cela se fait dans une certain indifférence toutefois, comme si déjà le troupeau endormi des brebis catholiques avait autre chose à faire. Comme ce pape se targue d’aimer Léon Bloy, on pourra lui citer ces propos du grand écrivain Français qui attendait surtout les cosaques et le Saint-Esprit :

« Et ce cortège est contemplé par un peuple immense, mais si prodigieusement imbécile qu’on peut lui casser les dents à coups de maillet et l’émasculer avec des tenailles de forgeur de fer, avant qu’il s’aperçoive seulement qu’il a des maîtres, - les épouvantables maîtres qu’il tolère et qu’il s’est choisis. »

Résumons-nous : le pape n’aime pas le protocole, il n’aime pas les tenues du pape, il aime bien la cause israélienne et pas trop la cause palestinienne, il aime les pauvres mais il aime aussi Goldman Sachs (banque officielle du Vatican avec deux conseillers en or comme les sinistres Sutherland et le créateur de la guerre en Irak Wolfowitz), il n’aime pas non plus les homophobes, les obsédés de l’avortement, les cathos "restaurationnistes" et légalistes. Car s’il ne s’estime pas assez pour juger les gays (« qui suis-je pour les juger ? »), il s’affirme bien sûr suffisamment pour en finir avec les traditionalistes !

***

Dans le fourre-tout assez "people" finalement de son interview aux jésuites, le nouveau pape s’en prend aux positions conservatrices de son prédécesseur, se targue de dévoiler une église toute neuve et nettoyée des impuretés du passé, au fait des découvertes de la science et des médias. Pour lui ce qui importe c’est de s’adapter totalement à la société postmoderne (fût-elle antichrétienne comme me disait en 2004 un père chartreux) et c’est de mettre au pas le troupeau encore réactionnaire des catholiques dits de tradition. Ici il n’a pas eu de mots assez durs. Bergoglio a la foi de la villa Soldati, espèce de cour des miracles de Buenos Aires où s’entassent les délinquants, les drogués, les clandestins, les prostituées venues de toute l’Amérique du Sud. Nouvelle armée du salut, l’Eglise catholique se veut dans ce cadre décalé l’héritière du Jésus de Mai 68, un Jésus vu comme un réformateur libéral, ainsi que disait le frère indianiste et homosexuel du célèbre cardinal Daniélou. C’est là ou sur la plage "people" de Copacabana couverte de JMJ que le nouveau pape trouve ses valeurs, pas dans le cadre des timides communautés bourgeoises et blanches qui ont lutté contre la loi Hollande sur le mariage gay en France. Face à ce catholicisme identitaire qui a du souci à se faire, le nouveau pape défend le catholicisme hugolien de la cour des miracles qui est bien sûr un héritier de la théologie de la libération ou du christianisme postmoderne. Saint Pie X en avait déjà parlé avec horreur (mais c’est si loin !), et Léon Bloy aussi bien sûr :

« C’est le spectacle d’une Eglise, naguère surélevée au pinacle des constellations et cathédrant sur le front des séraphins, tellement tombée, aplatie, caduque, si prodigieusement déchue, si invraisemblablement aliénée et abandonnée qu’elle n’est plus capable de distinguer ceux qui la vénèrent de ceux qui la contaminent. »

C’était en 1900 ! Car il ne faut pas recycler Léon Bloy quand on ne le connaît pas...

L’an dernier Bergoglio a cosigné un livre d’entretiens avec le grand rabbin de Buenos Aires Skorka, ancien chimiste comme lui, chroniqueur et amateur du Golem dans le journal La Nation, connu pour ses prises de position en faveur du mariage homosexuel, et bien sûr docteur honoris causa de l’université catholique locale. L’ancien archevêque de Buenos Aires est aussi connu là-bas pour avoir encouragé - et même obligé - ses rares religieuses à pratiquer des cures de psychanalyse.

Dans la fameuse interview, le pape parle prosaïquement de ses goûts culturels, assez convenus, de son adoration de Wagner et surtout de Turandot, belle pièce païenne. Bergoglio affirme une semaine après prier un Dieu qui n’est pas catholique ; il sera peut-être le premier pape protestant de l’Histoire. Tout le monde sait que son élection a été célébrée par les Bnai Brith, qu’il est membre du Rotary et certains le croient franc-maçon... et alors ? Le philosophe Frossard, ami du pape polonais, affirmait à la télé, où il passait si souvent, que « de toute manière être catholique cela ne sert à rien ». On avait pris de l’avance !

***

Il y a dix ans j’avais rencontré dans la Pampa de Pigué un jeune curé qui m’avait parlé justement de cette conspiration contre l’Eglise latino qui rejoignait la conspiration contre l’Argentine : on avait imposé alors la dictature des colonels d’un côté (dont Bergoglio était bien sûr très proche), les privatisations et la théologie du marché de Milton Friedman, théorie à la mode aussi dans l’université catholique chilienne ; et bien sûr de l’autre côté on avait subverti le troupeau catholique en l’attirant dans les rets des télés US ou des centres commerciaux (machines à égarer les âmes) et des sectes évangélistes championnes de la programmation mentale et contrôlées par la CIA. La trahison du haut clergé local (on ne monte dans cette bureaucratie que si l’on est conciliant ou moderne !) aura fait le reste et accéléré cette conversion comme un seul homme des pauvres gens jusque là empêtrés par le christianisme et le marxisme aux nouvelles lois du marché et de la matrice trans-humaine américaine dont Bergoglio est le parfait représentant : voir son interview dans Time Magazine qui le montre en couverture couronné... de cornes !

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Ce pape est distrayant ou provocant, c’est selon. C’est pour cela qu’il a été imposé là et qu’il claironne son amour formel des pauvres (François Hollande aussi aime les pauvres !), du judéo-crétinisme et de son dieu global. Il est malheureusement l’héritier de ce christianisme creux que voyait venir le philosophe athée Feuerbach dans le premier tiers du dix-neuvième siècle. Je cite ces lignes :

« Ce christianisme apparent, illusoire, tout en parole et rien en action, tellement en dehors des idées et des moeurs, que ses représentants lettrés et officiels ne savent plus ou ne veulent plus seulement savoir ce qu’il signifie. »

Pour finir : ce pape s’est vanté de n’être pas de droite tout en avouant être très autoritaire. En réalité, il rejoint tout à fait le comportement actuel et globalisé des élites hostiles. Elles ne sont certes pas de droite, ces oligarchies, elles sont autoritaires dans leur volonté de faire table rase des nations, des races, des religions, des cultures, des sexes et de l’humanité enracinée. De ce point de vue Bergoglio incarne bien l’esprit du temps et son élection est un aggiornamento ; jusqu’où cette imposture pourra durer, Dieu seul le sait.

1er octobre 2013 - lien permanent

Serge de Beketch : 'Mémoires Inachevés', présentés par Nicolas Bonnal et Danièle de Beketch

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par Serge de Beketch et Patrick Gofman, lors de l'émission du 11 avril 2007 sur Radio Courtoisie. (0:38)


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Archives du Libre Journal de Serge de Beketch à télécharger

Nicolas Bonnal : 'Les voyages de Horbiger, ou les Maîtres Carrés'

Patrick Gofman : 'Dictionnaire des Emmerdeuses'

Nicolas Bonnal : 'Mal à Droite - lettre ouverte à la vieille race blanche'

Laurent Blancy : 'Atlas de géopolitique révisé'

Patrick Gofman : 'Vengeances de Femmes'

François Brigneau : 'Faut toutes les buter'

Jean-Paul Chayrigues de Olmetta : 'Almanach du Marquis 2009'

Laurent Glauzy : 'Extraterrestres - Les messagers du New Age'

Retrouvez le Libre Journal de Serge de Beketch sur Radio Beketch,
avec Victoria, J.-P. Rondeau, F. Roboth, Le Marquis et Gofman.

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