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L'après Libre Journal
C’est à lire
Emmanuel Ratier, la pensée unique et l’esprit du Siècle
par Nicolas Bonnal

Je veux donc que les diverses phases
de ma politique soient présentées comme
le développement d’une pensée unique
se rattachant à un but immuable.

Maurice Joly, 1864.

Le regretté Jean-François Revel disait qu’il ne faut pas tenter de faire l’éloge du bouquin d’un ami ; le public sent aussitôt le coup fourré ! Tant pis, je tente le coup sur ce si riche livre-dictionnaire consacré au Siècle(1)...

***

Je me souviens d’une rencontre avec l’infatigable travailleur Emmanuel Ratier il y a plus de vingt ans déjà. La nomination de Giesbert à la tête du Figaro, où il se promettait de faire la « chasse aux ordures nazies » (comme il était dit dans le Canard enchaîné) m’avait impressionné, pour ne pas dire démoralisé. Elle annonçait la droite molle, le retour des modérés, la fin de la fracture droite/gauche, le vrai début de la fin pour la France et le projet euro. Elle annonçait l’entropie de ce grand journal déjà inégal destiné à devenir un catalogue de l’affairisme mondain, du people pour vieux et de l’hédonisme libertaire : Giesbert se proclamait d’ailleurs lili, comme on disait à l’époque. Cette entropie avait déjà été dénoncée en son temps par Joly : « Comme le dieu Wishnou, ma presse aura cent bras »...

Les pauvres rouges-bruns, dont je faisais partie autour de l’équipe de Jean-Edern Hallier, alors à la tête de l’Idiot international, n’ont eu qu’à aller se coucher. Comme disait mon ancien éditeur Thierry Pfister, cité par Ratier, et qui lui aussi écrivit dans l’Idiot, il y a trop d’imbrications, de cénacles, il y a trop d’intérêts communs aussi, (notamment matrimoniaux !), pour que la presse en France joue un rôle informatif ou même critique. On peut changer de candidat, pas de politique, encore moins de destin. « Car le destin de la démocratie, disait Tocqueville encore, est de faire des chrétiens que nous sommes des Turcs. »

Il y a vingt ans et quelques, je joue donc le surpris sur cette promotion en entamant ma blanquette de veau si parisienne. Mais Ratier, et c’est le propre des hommes bien informés, sourit et ne s’affole pas : il avait vu venir le coup, il avait senti le coup de la machination. Et la machine c’était le Siècle, le club du Béhémot bohème bourgeois qui contrôlait la France depuis un demi-siècle. Il m’évoque le rapprochement des journalistes de la gauche moderne et de la droite molle à la Villin, qui se promettait de faire éternellement des concessions à la gauche et des affaires avec le reste. A la lutte des classes succéda la lutte des places.

***

Dans une longue préface Emmanuel Ratier raconte très bien la formation par un ancien collabo (toujours eux...), Georges Bernard-Quélin, de ce club si puissant destiné à gommer toutes les différences pour nous calmer, nous gens de la base comme on dit. Suivent des centaines de fiches détaillées sur les chasseurs de places qui nous intéressent. On a commencé par les fameux inspecteurs des finances si puissants sous la IIIe République, puis on a pris les syndicalistes dévoyés, les rejetons de grands patrons, les politiques modérés des deux camps, les journalistes, même avec un passé gauchiste ou même parfois nationaliste, bref tous ceux qui voulaient rentrer dans le moule et « feindre d’être les organisateurs du chaos » européen qui va nous emporter.

On peut tout à fait d’ailleurs, avec un esprit objectif, que dis-je pragmatique, que dis-je cynique, hausser les épaules. Toute société est pyramidale, et au sommet de la pyramide, que voulez-vous, les distances sont moins grandes qu’à la base ! On en déduit qu’il n’y a qu’une seule matrice, qu’un seul drugstore, qu’une seule pensée de San Diego à Pondichéry ! Cette pensée unique est aussi à l’origine de cette formation anglo-saxonne des jeunes générations dont Ratier devra un jour parler. Car pour ces jeunes snobs formés à Londres ou bien outre-Atlantique la France n’existe plus, la France est une plateforme d’un empire atlantiste et global sans centre ni circonférence. Il faut lire et relire à cet égard la fiche consacrée à l’effarante Christine Lagarde.

***

C’est moi qui m’emporte, pas notre bosseur herculéen ! Le livre d’Emmanuel, toujours pillé, jamais cité, n’est ni polémique ni engagé dans le ton, mais sert un propos courageux : celui de la France. Le club le Siècle a donc porté sur ses molles épaules le projet de destruction - ou de dissolution dans la mondialisation - de la France. Le dernier événement(2), pour parler comme Maurice Joly, sera la disparition prochaine même du mot France remplacée par un pays très bas à la monnaie disparue, territoire ruiné, occupé et remplacé, le tout dans l’indifférence générale ou presque.

Pour se consoler ceux qui ne sont pas contents n’auront qu’à relire un autre classique, la Boétie et son admirable "Discours de la servitude volontaire" qui nous démontre si bien que la première victime de la tyrannie est la tyrannie elle-même.

Debout, dieux ! Tentez-le, et vous le saurez.
Suspendez une chaîne d’or du faîte de l’Ouranos, et
tous, dieux et déesses, attachez-vous à cette chaîne.

Homère


(1) "Au coeur du pouvoir. Enquête sur le club le plus puissant de France." Facta.
(2) Dialogues aux enfers entre Machiavel et Montesquieu.
19 juin 2012 - lien permanent

Serge de Beketch : 'Mémoires Inachevés', présentés par Nicolas Bonnal et Danièle de Beketch

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par Serge de Beketch et Patrick Gofman, lors de l'émission du 11 avril 2007 sur Radio Courtoisie. (0:38)


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Archives du Libre Journal de Serge de Beketch à télécharger

Nicolas Bonnal : 'Les voyages de Horbiger, ou les Maîtres Carrés'

Patrick Gofman : 'Dictionnaire des Emmerdeuses'

Nicolas Bonnal : 'Mal à Droite - lettre ouverte à la vieille race blanche'

Laurent Blancy : 'Atlas de géopolitique révisé'

Patrick Gofman : 'Vengeances de Femmes'

François Brigneau : 'Faut toutes les buter'

Jean-Paul Chayrigues de Olmetta : 'Almanach du Marquis 2009'

Laurent Glauzy : 'Extraterrestres - Les messagers du New Age'

Retrouvez le Libre Journal de Serge de Beketch sur Radio Beketch,
avec Victoria, J.-P. Rondeau, F. Roboth, Le Marquis et Gofman.

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