Un jour
2 avril 1290 - Le miracle de la rue du Dieu-bouillu
A l’instar de celle-ci narrant l’histoire advenue - peut-être ! - à une pauvresse de Paris, les chroniques de Clio raniment de nombreux jadis où le vrai et le faux sont indissociables...
Le 2 avril 1290, relatent les anciens textes, Marie La Haumière sortit au chant du coq de son logis croulant. Le jour juste né, quelle affaire menait donc hors de chez elle, hâtive, le coeur gros, la vieille va-nu-pieds ? Une affaire importantissime à ses yeux de bonne chrétienne. Marie avait gagé à l’avaricieux Jonathas Ben Haym le seul bliaud point troué qu’elle possédait, et la brave gueuse courait implorer le fils d’Abraham de le lui rendre gratis afin, ce dimanche, d’aller prier le Sauveur à Notre-Dame en ajustement propret.
"Nenni, nenni, gronde je tire-denier, pas de monnaie, pas de blouse." "Ah, gentil juif, geint Marie, c’est aujourd’hui Pâques-fleuries, je ne peux ouïr le saint office habillée de penaillons..." Jonathas grommelle "Hum, hum" et il ajoute : "Je veux agréer ta demande, La Haumière, à condition que tu m’apportes l’hostie qu’on te donnera tout-à-l’huère". "Quoi ?", murmure Marie, terrifiée. "Ne crains rien, la tranquillise Ben Haym, voir ton pain bénit me résoudra, je crois, à embrasser la foi de Rome". La crédule dit "oui" au sacrilège échange.
La chose accomplie, La Haumière, quand même inquiète, épia le vautour d’une fenêtre à moitié close de l’échoppe hébraïque. Jésus ! Jonathas frappait d’un poignard le Corps du, Christ, le clouait à la cloison, puis, comme un flot de sang jaillissait des entailles, il le plongeait dans un chaudron d’eau bouillante ; alors, miracle ! la Provende sacrée monta vers les poutres ! Les clameurs de Marie ameutèrent le voisinage ; les gens du guet intervinrent avec promptitude et le païen déicide fut très vite livré au bûcher. Ben Haym demeurait en un boyau fangeux qui s’ouvrait à la hauteur du 24 de notre rue des Archives : le peuple le baptisa "Rue du Dieu-bouillu".
Jean Silve de Ventavon