Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 392 du 18 novembre 2006 - pp. 4 à 6
Après la disparition de Jean Ferré
Les "Marx Brothers" ont voulu
faire la peau de Radio Courtoisie

Les méchants qui reprochaient à Radio Courtoisie de ronronner vont en avoir pour leur frais.

C’est un vent de force 7 qui secoue ce bon vieux navire depuis la mort de son Pacha.

Qu’on se rassure : la grande majorité de l’équipage et les passagers gardant leur sang-froid, ce n’est pas ce coup de tabac qui précipitera le navire par le fond.

Au plus, il se soldera par l’envoi d’un ou deux mutins sur la planche à requins...

A vrai dire, ce qui donne une impression de mer démontée, c’est la coïncidence d’évènements qui n’ont aucun lien de causalité.

En tout premier lieu, la disparition du fondateur, évidemment.

A peine les auditeurs étaient-ils remis de l’annonce brutale de la mort de Jean Ferré (alors que de bonnes âmes sincèrement inspirées par d’excellents sentiments venaient de leur expliquer qu’il souffrait d’une "pathologie" et qu’il était dans un service de... convalescence), qu’un premier malaise inquiétait les auditeurs : le changement immédiat du titre de son émission. Cette maladresse, disons le mot, a permis à d’aucuns, sans autre motif que l’envie de devenir calife à la place du calife, de dénoncer la prétendue illégitimité de son successeur : Henry de Lesquen.

Le propos trouva une oreille inquiète chez des auditeurs justement attachés au Führer Prinzip(1) qui, depuis des années était la règle boulevard Murat.

Chauffés par les avertissements répétés de Jean Ferré, ils crurent que des "officines" d’autant plus redoutables qu’invisibles préparaient un mauvais coup contre la seule radio associative sans publicité ouverte à toutes les droites.

A ce premier coup de vent, s’en ajouta bientôt un deuxième qui relève plus du répertoire des Marx Brothers que de la Marche sur Rome :

Le dimanche 12 novembre, dans les escaliers de la Mutualité où se tenait le déjeuner traditionnel de Radio Courtoisie, les convives eurent la surprise de se voir coller dans les mains par un maquettiste de Monde et Vie (qu’en pense le directeur de cette revue amie ?) un tract appelant à la mobilisation contre l’usurpateur.

Une fois attablés, ils durent d’abord entendre le bref discours que, contraint de quitter la réunion pour rejoindre les BBR, j’avais préparé.

On m’excusera de me citer pour la clarté du propos : « Ce n’est pas un bien grand secret que Jean et moi avons eu, au cours des vingt années d’existence de Radio Courtoisie, des différends et même des affrontements mais rien qui se compare à l’immense reconnaissance que j’ai pour Jean.

Radio Courtoisie est indispensable.

Hier encore, au Bourget des dizaines d’auditeurs m’ont confié l’importance qu’elle a pour eux et m’ont fait leur porte-parole afin de dire qu’ils n’accepteraient rien qui menace son avenir.

Radio Courtoisie est unique parce qu’elle a été mise au monde par un homme unique.

J’y ai contribué, certes, mais seulement parce que les circonstances l’ont voulu et je ne revendique aucune part dans sa conception.

Simplement, dès le départ, Jean et moi sommes tombés d’accord sur la nécessité de son existence et les moyens d’assurer son fonctionnement.

Il fallait qu’elle soit dirigée par un chef.

J’ai le regret de vous le dire : Jean n’était pas beaucoup plus démocrate que moi et nous sommes convenus que deux crocodiles ne pouvaient pas cohabiter dans le même marigot.

Pour des raisons évidentes de compétence et d’efficacité, je me suis borné au Libre journal de la France Courtoise et à mon émission du mercredi et Jean a exercé sur Radio Courtoisie un gouvernement de type monarchique.

Nos petites brouilles sont nées non de rivalités de pouvoir mais de l’habitude qu’avait Jean, dans sa recherche de talents nouveaux, de me piquer mes co-directeurs pour leur confier d’autres émissions. Ce fut le cas avec Claude Reichman puis avec Jean Gilles Malliarakis que j’avais recrutés. Jean essaya même de débaucher, si j’ose dire, le Marquis, Gofman et pour finir, Daniel Hamiche.

J’ai cru alors que c’était une mauvaise manière, je comprends aujourd’hui que c’était une forme d’hommage à mon talent de découvreur. Et je pense que personne n’a à se plaindre du résultat.

J’espère donc, qu’avec la confiance des auditeurs et adhérents, nous poursuivrons, par les mêmes méthodes, l’oeuvre que Jean nous a léguée.

Et quand je dis, par les mêmes méthodes, je veux dire précisément : en ignorant superbement les pièges de l’imposture démocratique.

Jean qui savait sa mort prochaine a voulu qu’Henry de Lesquen assume la gestion de la radio et Henry a aussitôt confié la direction des programmes à Jean Gilles Malliarakis avec l’accord unanime du conseil d’administration où siègent Philippe Varlet, secrétaire général et Didier Roy, tous deux "fondateurs historiques" de la radio et à qui je veux rendre hommage parce qu’ils sont les plus désintéressés et les plus discrets de notre équipe.

Après réflexion, je suis convaincu qu’il ne pouvait pas y avoir de meilleur choix.

J’ai toute confiance dans le dévouement et le talent de ceux qui tiennent la barre de notre navire.

Nous abordons des parages tempétueux, ce n’est pas le moment de changer d’équipage.

A nous d’assurer la pérennité de Radio Courtoisie en approuvant le choix de Jean.

Le meilleur moyen de saluer son rôle capital dans la défense de la langue française et de la liberté d’expression est de manifester notre reconnaissance à Jean Ferré en lui décernant ce prix dont le nom exprime le mieux l’amour de notre langue, le sens de nos valeurs droites et le combat pour l’intelligence sans entrave : Le prix Daudet. »

Ce propos pourtant banal (et entendu par les convives qui couronnèrent Jean à l’unanimité) fit sur certains l’effet d’un coup de goupillon sur un boisseau de diablotins.

On vit un monsieur âgé tenter de m’arracher le micro en bredouillant des propos inaudibles, on entendit un directeur d’émission crier au "coup d’état" (sans rire), on suivit la course maladroite (ses dents rayaient le parquet) d’un troisième qui, pour prendre la parole sans y être invité, traquait la dame chargée de porter le micro aux orateurs.

Bref, un "beau bordel" comme disait le quartier-maître.

Tout cela, on l’imagine, jeta la consternation au sein d’une assemblée que deux décennies de magistère de Jean Ferré avaient plus accoutumée à entendre des gloria qu’a recevoir des horions.

Ce n’était, hélas, pas fini.

Le lendemain soir, nouvelle bourrasque : au début du Libre Journal de Jean Ferré présenté par Henry de Lesquen, lecture était donnée par ce dernier, d’un texte du CSA me reprochant d’avoir, le 9 novembre 2005, commenté les émeutes des banlieues en ces termes : « Au lieu de dépenser des millions à construire des stades ou des gymnases auxquels la racaille fout le feu, il faudrait les obliger à écouter deux pages de Maurras tous les matins, deux pages de Maurras tous les midis ! (...) Maurras ou le lance-flammes. Les deux solutions ! (...) Il faut bien dire une chose : le responsable de tout ça il a un nom, c’est Sarközy. Parce que si Sarközy n’avait pas dit qu’il fallait nettoyer les cités au kärcher, ça ne se serait pas produit. Vous comprenez il faut pas oublier ça. Moi j’aurais jamais dit ça. J’aurais dit : il faut les nettoyer au lance-flammes. Mais c’est mon opinion. Je suis pas ministre de l’Intérieur. »

Sur quoi, Le Conseil supérieur de l’audiovisuel ordonnait à titre de sanction, que je sois blâmé à l’antenne dans ces termes : « Considérant que M. Serge de Beketch a tenu plusieurs fois, dans son émission, des propos outranciers sur le mode de la dérision, et que ces propos, qui n’étaient pas prononcés pour être compris au sens littéral, ont pu choquer les auditeurs, Radio-Courtoisie, qui est une radio culturelle, n’entend pas assumer dans le futur de tels dérapages. Son conseil d’administration, réuni en assemblée plénière, déplore ces propos et blâme leur auteur, lui demande expressément d’éviter à l’avenir le mode outrancier et dérisoire sur tous les sujets tendant à la dignité des personnes et, enfin, l’avise qu’un nouveau dérapage entraînera la suspension de son émission ».

Or, la qualité d’écoute étant ce qu’elle est, de nombreux auditeurs qui avaient suivi, le mercredi précédent, les deux heures d’entretien entre Jean Marie Le Pen, Victoria, Jean Pierre Rondeau, Gofman, le Marquis d’Olmetta, Bertrand Villeneuve et moi même, crurent, oubliant la date indiquée plus haut (9 novembre 2005) que c’est cet entretien qui était sanctionné et conclurent aussitôt que la liberté d’expression de la radio était bradée par son nouveau patron.

Ce n’est évidemment pas le cas.

A l’origine de cette affaire, se trouve en effet une dénonciation adressée au CSA par... un directeur d’émission de Radio Courtoisie !

Je l’ai compris au printemps dernier, lors d’un déjeuner à Saint-Germain-en-Laye au cours duquel Jean Ferré me confia qu’aucune des officines spécialisées dans le prétendument anti-racisme ne s’était émue mais qu’en revanche, raconta-t-il, en présence de deux membres du Conseil d’administration, un directeur d’émission acharné depuis longtemps à ma perte avait pris prétexte de mes propos pour le sommer de me chasser de Radio Courtoisie, ajoutant que par son indulgence, Ferré prouvait qu’il était « gâteux ou lâche ».

Jean fut profondément blessé mais, déjà malade, il traita la chose par le mépris et, comme toujours, fit ce qui lui semblait droit et bon. Je ne fus pas vidé.

Le délateur non plus, hélas ! Ce qui lui permit de faire porter au CSA une dactylographie tronquée et truquée où mes propos entremêlés de phrases prononcées par d’autres étaient disposés dans un ordre modifié de façon à donner à un propos au deuxième degré inspiré par une actualité chaude, l’allure d’appels au meurtre.

L’état de Jean s’aggravant, personne ne s’avisa du trucage jusqu’au moment où Lesquen, à qui le fondateur venait de passer le flambeau, décida de ne pas se borner à lire la dénonciation mais d’écouter la cassette litigieuse. Il découvrit le pot au rose, le trucage et le mélange des intervenants et informa le Conseil Supérieur qui, du coup, renonça à sanctionner la radio, se bornant à ordonner la lecture de la mise en garde que m’avait valu le "rewriting" malintentionné de mes propos.

C’est dire si, quand j’entends aujourd’hui ce directeur d’émission se réclamer de Jean Ferré qu’il taxait hier de gâtisme et de lâcheté et poser au sauveteur d’une radio qu’il s’apprêtait à tuer par un mensonge, j’ai le pied droit qui me démange...

Pourtant certains auditeurs, mal informés, ont cru voir dans cette affaire le signe que Lesquen était résolu à suspendre mon émission - ce qui est totalement exclus - et ont conclu que j’étais du complot des Marx Brothers, ce qui n’est pas le cas.

Et ce pour plusieurs raisons.

La première, c’est que, faute de goût, de temps et de compétence, je ne veux à aucun prix exercer la moindre fonction autre que directeur d’émission sur Radio Courtoisie.

La deuxième c’est que j’exècre les intrigues de palais.

La troisième c’est que je sais à quoi m’en tenir sur les motivations réelles des mutins.

Elles n’ont rien à voir avec la nomination d’Henry de Lesquen. Des années avant sa première émission sur Radio Courtoisie, ces vizirs qui rêvaient de devenir calife à la place du calife avaient déjà entrepris de déstabiliser Jean Ferré.

L’un d’eux crut même malin de profiter d’une brouille un peu longue entre nous pour me proposer un Golpe en vue de forcer le fondateur à la démission.

L’offre reçut l’accueil qu’elle méritait.

L’autre, ses dents rayant toujours le parquet, poursuit depuis longtemps le rêve bleu d’être le patron de la radio. Il rêve d’ailleurs d’être le patron de tout : syndicat, parti, associations, y compris sans doute les pizzerias où il réunit des braves gens sensibles à ses belles paroles et qui, faute d’avoir mesuré sa voracité, se font ses complices par naïveté plus que par malfaisance.

On comprendra que la seule idée de voir de telles nullités prétentieuses se partager la direction de Radio Courtoisie avant de se la disputer comme des macaques se bagarrent pour occuper la branche la plus chargée en fruits m’a jeté dans une alternative d’hilarité et d’inquiétude.

Ce serait à court terme, la fin de notre radio.

Quant à la bête noire des mutins, Henry de Lesquen, ce n’est certes pas un modèle de cordialité. Il n’a ni la rondeur de manières ni la douceur de propos de Jean. Il ne s’embarrasse guère de circonlocutions (en tous cas, pas plus que Jean dans ses mauvais jours). Il se montre parfois hautain, sûr de lui, dominateur et peu enclin à composer. Mais, on lira plus loin son curriculum, il est d’une intelligence exceptionnelle, vive et rapide. Il est déterminé. Il pratique avec virtuosité le Blitzkrieg, il dispose, chose importante aujourd’hui, d’un éventail de relations aussi influent et déterminé que celui grâce auquel Jean Ferré a pu, vingt ans durant, parer les manoeuvres et complots contre Radio Courtoisie. Enfin, il est totalement désintéressé comme le prouve la contribution personnelle considérable que, Jean Ferré me l’avait dit en confidence, il a discrètement apportée à un moment où les finances de la radio étaient exsangues.

Pour toutes ces raisons, je suis résolu, pour ma part à laisser Henry de Lesquen faire la preuve que le choix de Jean Ferré était le bon en me bornant à diriger mon émission du mercredi soir avec mes complices ou suppléants habituels (Hamiche, Antony, les jeunes de la Vieille Europe, plus, bien entendu, Victoria, Gofman, le Marquis et Jean Pierre Rondeau qui nous apporte depuis peu son exceptionnelle compétence en matière de gestion de patrimoine).

Pour autant, après avoir entendu les propos inacceptables tenus le mardi 15 novembre par Reichman dans une émission qui n’a pas été rediffusée(2) j’ai envoyé au président du Conseil d’administration, Denis Langlois, la lettre suivante : « Je viens d’entendre, ce jour mardi 14 novembre 2006 à partir de 18h, "Le Libre Journal de Claude Reichman" sur Radio Courtoisie.

Les propos qui y ont été tenus au cours de la première partie sont faux, insultants, diffamatoires à l’égard de certains directeurs d’émission, dangereux pour l’avenir de la radio et, plus que tout, en opposition radicale avec l’esprit même d’une équipe qui, conformément aux directives de Jean Ferré, s’est toujours interdit, au nom de la liberté d’expression, de porter des critiques publiques contre les autres directeurs d’émission, les bénévoles et les techniciens.

Claude Reichmann a bafoué cette règle impérieuse d’une façon scandaleuse et grossière.

Il n’a pas hésité à émettre sur un ton lourdement allusif des accusations contre la gestion de la radio qui pourraient avoir des suites dommageables au moment où, justement, il est demandé à tous les directeurs d’émission d’insister sur le devoir qui incombe aux auditeurs de devenir aussi des cotisants.

Pour ma part, je me sens sali par les propos directs ou obliques de ce diffamateur et je ne puis accepter d’appartenir à une équipe qui compte un tel personnage dans ses rangs.

Mon amertume est d’autant plus grande que c’est par mon entremise que Reichman est entré à Radio Courtoisie ; qu’il a "fait ses classes" comme co-directeur de mon propre Libre Journal et que, finalement, il s’est vu confier une tranche horaire par Jean.

Les propos qu’il a tenus, s’ils n’étaient pas immédiatement sanctionnés, donneraient à penser que la radio est devenue la Cour du roi Pétaud où chacun peut à sa guise et sans courir de risque, utiliser le micro pour régler ses comptes personnels.

Je vous laisse imaginer à quelles dérives cela nous conduirait.

Je vous demande donc de proposer au Conseil d’administration de mettre un terme définitif à la collaboration de Claude Reichman à Radio Courtoisie et de voter une motion posant que tout directeur qui se livrerait aux mêmes abus de micro subirait le même sort.

Recevez, Monsieur le Président... »

Le lendemain, Reichman était viré. Voilà, chers lecteurs, je vous ai tout dit.

Je demande à tout ceux qui sont aussi des auditeurs de Radio Courtoisie de ne pas s’associer à une brigue qui reviendrait à jeter le capitaine à la mer quand la manoeuvre est occupée à échapper au tourbillon de Charybde sans jeter le navire sur le récif de Sylla.

Serge de Beketch

(1) Précisons, à l’usage des analphabètes qui auraient pu s’égarer dans les pages du Libre Journal que le Führer prinzip n’a rien à voir avec le regretté chancelier mais désigne seulement une conception hégélienne du gouvernement de l’Etat basée sur trois règles que, Jean Ferré avait adapté : Rien au dessus de Radio Courtoisie, rien contre Radio Courtoisie, rien hors de Radio Courtoisie.
(2) Contrairement à ce que croient certains, c’était arrivé plusieurs fois Jean Ferré regnante. Il s’opposa à la diffusion d’un entretien enregistré avec Pierre Sidos et me mit, une autre fois, dans l’obligation de distribuer la copie pirate d’une de mes émissions dont il avait interdit la rediffusion. Le tout sans que je me sente obligé d’ameuter les populations contre cette "censure" que je considère comme parfaitement légitime.
Sommaire - Haut de page