Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 295 du 7 juin 2003 - p. 21
C’est a lire
Edition, plagiat et censure

Il a fallu des années d’une procédure très complexe à Arnaud-Aaron Upinsky pour obtenir la condamnation pour contrefaçon d’Albin Michel, éditeur d’ "Un président à abattre" et "Lettre ouverte aux Français qui ne veulent pas être pris que pour des cons", de Philippe Guilhaume, ancien P-DG d’Antenne 2.

On mesurera le sérieux avec lequel les juges travaillent en lisant ces deux minuscules extraits parmi cent autres :

« Mais comme hier, la mutilation reste la marque du pouvoir. Pour s’être rendue moins visible, elle n’en a pas pour autant disparu. Bien au contraire. » (Arnaud-Aron Upinsky, "La tête coupée")

« Mais aujourd’hui comme hier, la mutilation est toujours la marque du pouvoir et pour être devenue moins visible, elle n’en a pas pour autant disparu bien au contraire. » (Philippe Guilhaume, "Un président à abattre")

La lenteur de la Justice s’explique d’abord par le fait que cette contrefaçon a permis de lancer sur le marché deux livres qui, soutenus par la notoriété de leur signataire et par une campagne médiatique bien orchestrée ont donné deux best-sellers (300 000 exemplaires) alors que l’original n’avait enrichi ni son auteur ni son éditeur.

Un tel pillage n’est ni exceptionnel ni nouveau. Aussi Upinsky ne se sert-il du dossier constitué en vue de soutenir ses exigences devant la Justice que comme point de départ d’une passionnante enquête sur les motivations cachées du véritable hold-up intellectuel que constitue ce pillage.

L’objectif des éditeurs pillards est double.

D’abord, il est d’ordre financier. On vole les idées, principe actif de manuscrits que l’on juge invendables parce que signés par des inconnus, et on les fait vaguement "reformater" par des nègres avant de les affubler de la signature de vedettes dont la notoriété assurera le succès du livre.

Ainsi "La tête coupée" du mathématicien et épistémologiste Upinsky, vendu à quelques milliers d’exemplaires par un éditeur confidentiel, a-t-il été réduit, simplifié, "décontaminé" par Albin Michel, qui en a fait une efficace pompe à fric en surfant sur la notoriété de Philippe Guilhaume, éphémère patron de la télé d’Etat abattu par un scandale de moeurs fabriqué de toutes pièces dans les officines de basse police socialistes.

Le deuxième objectif est de détourner les idées « comme on détourne un avion », écrit Upinsky... L’éditeur refuse le manuscrit de l’inconnu mais le passe à un nègre qui, en lui donnant un tour politiquement correct, enlèvera à sa substance tout caractère dangereux pour la police de la pensée. C’est ainsi que l’on formate la pensée d’une société par la "ventriloquie" qu’Upinsky explique ainsi :

« A "Tout le monde en parle", Thierry Ardisson excelle à mélanger tous les genres, toutes les personnalités, toutes les techniques. Stars du cinéma et du disque, rois du sport et du rire, hommes de lettres, politiciens, vedettes des médias, "héros" de l’actualité, ils sont tous là. Avec lui, la Tribu des Ventriloques, au masculin et au féminin - avec toute sa hiérarchie de provocateurs, bruiteurs, manipulateurs, agitateurs d’effets spéciaux - explose enfin à l’écran, au grand jour. [...]

Pourtant les paillettes et la techno ne doivent pas faire oublier l’essentiel. Thierry Ardisson n’est que la suite de Pivot, au service des mêmes objectifs par d’autres moyens, plus puissants. "Tout le monde en parle" fait ce que faisait "Apostrophes" :

1.- Imprimer par des réflexes conditionnés les normes, stéréotypes et "tendances" dans les cerveaux ;

2.- Transformer les invités en marionnettes ;

3.- Mettre à l’index et donner l’imprimatur sous un masque ludique. »

Mais Upinsky ne se borne pas à cette analyse des méthodes criminelles de la mafia de l’édition à partir de son expérience personnelle. Il jette une lumière cruelle sur les méthodes d’asservissement des hommes et de formatage des esprits par les médias : « La trouvaille de Thierry Ardisson, le degré de plus qu’il fait franchir à ses marionnettes, est de leur imposer la posture physique ad hoc, de leur faire remuer les mains en signe de soumission à l’autorité, au son de la phrase réflexe : "On ne bouge pas pendant le jingle !"

Lorsque la nouvelle marionnette s’exécute, cela signifie pour les initiés que le sacrement a enfin opéré, que le courant du réflexe conditionné est bien établi et que le cobaye est désormais sous contrôle. »

Pensez-y la prochaine fois que vous verrez un ministre ou un intellectuel obéir, un sourire idiot sur les lèvres, aux ordres d’un Ardisson ou de son clone Fogiel, gardes-chiourme de la police de la pensée.

"Enquête au coeur de la censure" est une arme indispensable dans la résistance à Big Brother.

Le Libre Journal

"Enquête au coeur de la censure", par Arnaud-Aaron Upinsky, Editions du Rocher, 20 teuros.
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