Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 285 du 8 février 2003 - p. 23
Nos pères
Les Apologistes (IV)
Saint Irénée

Originaire d’Asie Mineure, né à Smyrne vers 130, saint Irénée illustre sa propre formulation de la tradition. Traditio ab Apostolis ad Eccleslam : la tradition est ce qui porte la révélation des apôtres à l’Eglise. Il est en effet, dans sa jeunesse, l’auditeur de nombreux presbytes, disciples immédiats des apôtres, et entre tous de saint Polycarpe de Smyrne (mort en 155), dernier témoin de l’âge apostolique, et de Papias, dont il a lu des écrits. Ces derniers ont connus personnellement saint Jean. Irénée vient en Gaule comme missionnaire. Il succède à Saint Pothin, martyrisé à Lyon entre 175 et 189, comme évêque. Lui-même meurt martyre en 200. Saint Irénée est un très grand, il est un père de la théologie catholique. Son oeuvre principale, écrite en grec, est d’abord un exposé de la foi chrétienne, la Démonstration de la Prédication apostolique, puis l’Adversus Haereses, "Contre les hérésies", oeuvre polémique contre le gnosticisme. Celui-ci était un dualisme panthéiste, dont l’un des théoricien majeur, Marcion, opposait le Dieu méchant de l’Ancien Testament au Dieu bon du Nouveau. Irénée expose le sens de la tradition et l’unité de l’Ecriture. En vrai pasteur, il est soucieux de répandre l’Evangile parmi les populations de la Gaule, mais aussi de défendre l’intégrité du dépôt de la foi. Il invente la règle de la foi, c’est-à-dire une référence dogmatique (par exemple un credo ou une formule courte et simple) servant de critère de vérité, de point de repère. On peut en relever deux : l’Incarnation et la légitimité du pasteur qui enseigne. Dans ses écrits, il révèle une vue profonde du dessein de Dieu, où le Christ occupe le centre. Il met en valeur le concept paulinien de récapitulation, pour dire que Jésus-Christ, dans sa vie terrestre, réunit et reprend en Lui toute l’humanité pour la réconcilier avec le Père. Saint Irénée insiste, dans sa théologie trinitaire, sur deux notions : l’unité divine et l’économie (l’action de Dieu dans l’histoire). Il est l’un des fondateurs de l’anthropologie chrétienne. Il rappelle que l’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, mais que la ressemblance a été perdue par le péché originel.

Abbé Guy-Marie
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