Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 285 du 8 février 2003 - p. 23
L’humeur de Patrick Gofman
† Natalia Limonova (1958-2003)

Longtemps on se croit immortel. Parce qu’on est entouré d’immortels. Et puis les premiers amis et parents disparaissent... En 1998, assommé par la mort, en auto, à 40 ans, de mon merveilleux ami Brian Stonehill, universitaire californien spécialiste des médias audio-visuels, j’écrivais à mon dernier amour, ma cadette de 30 ans :

Dans mon agenda cimetière
Ton renom fleurit neuve et fière
Fiancée du bon fossoyeur...

Indice de l’âge qui nous accable, bientôt la fin de nos amis nous est apprise par la presse ! Et il faut lire quelque chose comme ça : « MOSCOU, 4 fév (AFP) - La chanteuse punk-rock et écrivain Natalia Medvedeva, figure des milieux alternatifs russes et ex-femme de l’écrivain Edouard Limonov avec lequel elle était rentrée d’un exil en France après la chute de l’URSS, est décédée dans la nuit de dimanche à lundi... »

Ô Natalia ! Je ne vais certes pas raconter ce qu’il s’est passé entre nous, fin 93, juste avant ton retour au vieux pays... D’ailleurs, on se moquerait de moi : une relation chaste avec une chanteuse, ci-devant mannequin... Notre intimité fraternelle de deux semaines, je la garde pour moi. Avec l’ours à balalaïka que tu m’as envoyé de Moscou, le disque rapporté de "Piter", la "roubachka" que j’attends encore...

Avec ma poignée de lecteurs, je voudrais partager notre fidélité envers Edouard, et quelques larmes, vite fait, entre deux gueulantes.

Patrick Gofman
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