Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 285 du 8 février 2003 - pp. 20 et 21
C’est à lire
Anne de Kiev, reine de France
et fille de la Sainte Russie

Un moine italien, Jacques de Voragine, entreprit au XIIIe siècle d’instruire ses contemporains en leur racontant la vie de la Sainte Famille et des saints.

J’ai rencontré la Dame de Voragine de notre temps.

Elle s’appelle Jacqueline Dauxois et sa légende dorée est celle de la Sainte Russie et d’Anne de Kiev devenue reine de France en épousant le petit-fils d’Hugues Capet à Reims en 1051. Jacqueline Dauxois nous a déjà donné de merveilleux portraits, celui de la première d’entre nous, Eve, chez le même éditeur, les Presses de la Renaissance, où l’on voit Adam et Eve aux prises avec les petites et les grandes tentations de Satan dans un paradis qu’ils devront quitter pour cette vallée de larmes.

Puis le portrait de Marie Magdeleine, la pécheresse de l’Evangile que Jacqueline Dauxois rend lumineuse, celui d’autres reines plus ou moins bien traitées par la renommée, la Reine de Saba, Nefertiti, Cléopâtre, Messaline.

Deux choses intéressent principalement Jacqueline Dauxois dans ses biographies : la vérité psychologique de ses personnages et leurs rapports avec le Créateur quand ils Le connaissent.

Anne de Kiev est la descendante de Rurik le Viking, de sainte Olga, du grand Vladimir et de Yaroslav le Sage, les pères fondateurs de la Russie. Elle est infiniment belle et blonde, intelligente et vigoureuse, elle étudie, chasse et danse. Très croyante, enfin, elle veut devenir sainte. Son père a marié ses soeurs à des rois. Pour sa dernière fille, la plus aimée, il choisira le roi de France.

Henri Ier est aussi sombre qu’Anne est lumineuse. Détesté par sa mère, il se désespère de voir la France de l’an Mille souffrant mille morts de famine et d’épidémies dues à un dérèglement climatique : la France est inondée. Plus aucune récolte ne peut germer.

C’est le roi de Pologne, Casimir le Restaurateur, qui fut moine en l’abbaye de Cluny avant d’être rappelé sur le trône, qui a l’idée de proposer au roi de France sa nièce Anne en mariage.

Henri est veuf, âgé, sans descendant. Les vassaux du royaume rôdent comme des loups autour du trône. Le plus dangereux est Guillaume le Bâtard, duc de Normandie. La renommée d’Anne va séduire Henri qui envoie une première ambassade bien misérable à la cour de Kiev si riche et si heureuse. Une seconde ambassade sera nécessaire et Anne quittera Kiev, la ville aux quatre cents églises, pour toujours.

Elle apprendra le français et sera de France sans cesser d’être de Russie car, nous rappelle l’auteur, l’amour ne soustrait pas, il additionne et multiplie. Nous revivrons le mariage et le couronnement d’Anne à Reims le 19 mai 1051 :

« La ville est si parée et les cantiques de l’église romaine si beaux qu’Anne ne songe pas à comparer avec le rituel byzantin. Ce qui l’émeut, ici, comme à Kiev, c’est que tout a été mis en oeuvre pour donner aux hommes un avant-goût du Paradis. Portée par l’élan de foi qui semble jaillir des pierres elles-mêmes, Anne lève les yeux vers l’église flanquée d’une tour dont la toiture de plomb dorée étincelle au soleil comme une coulée d’or. Ce toit, qui, cependant, ne leur ressemble pas, évoque les coupoles dorées et les bulbes de Russie. Comme eux, ce clocher de France témoigne de la ferveur de bâtisseurs fous de Dieu, qui, partout dans la chrétienté, cherchent l’expression idéale d’une splendeur tout entière vouée à la gloire de Dieu. »

Nous suivrons une reine qui dépense sa peine et ses richesses pour les pauvres et les malades et qui régnera très vite dans le coeur des Français. Nous la verrons convertir les hommes les plus durs comme ce Raoul de Valois qui l’attendra huit ans, brûlant d’amour mais respectueux de la reine devenue veuve.

Jacqueline Dauxois est une prodigieuse conteuse. Pour écrire cette histoire il fallait aimer également la Russie et la France, les orthodoxes et les catholiques. C’est l’époque du grand schisme entre chrétiens d’Orient et d’Occident. Il fallait comprendre et aimer ce Moyen Age si violent et si mystique en France comme en Russie. Il fallait aimer cette Russie qui était bien sanguinaire avant de s’immerger dans le sacré et devenir l’un des peuples les plus mystiques de la terre. Il fallait enfin connaître l’étoffe dont sont faits les hommes et les femmes, si fragile ou si belle que les peintres ne peuvent que peindre la réalité. Jacqueline Dauxois sait tout cela. Elle nous entraîne dans sa légende dorée et nous rappelle avec infiniment de poésie combien nos deux peuples, les catholiques français et les Russes orthodoxes, ont été proches, et nous en resterons profondément marqués.

Anne Brassié

Anne de Kiev, par Jacqueline Dauxois. Presses de la Renaissance. 20 teuros. ISBN 2856168876
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