Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 285 du 8 février 2003 - p. 19
Hypothèse d’école
par Noel Tournier
L’Homme et l’Animal : et si c’était l’inverse ?

Saint-Plaix dénonce, dans le n° 283 du Libre Journal, la propagande métisseuse du documentaire L’Odyssée de l’espèce diffusé sur FR3. Je ne suis pas sûr que ce soit là son plus gros défaut, qui n’est au fond qu’un corollaire de celui qui me semble majeur, à savoir la négation de l’origine spirituelle de l’Homme à l’aide d’un scénario "de l’Animal à l’Homme", dernière étape de la théorie "de la matière à l’Homme".

Entre ceux qui pensent que nous sommes « incontestablement » les descendants des bactéries, sans l’ombre d’une intervention intelligente ou spirituelle, et ceux qui défendent l’idée que création, donc action divine, et évolution ne s’opposent pas, la différence est radicale et pourtant ces deux points de vue admettent en commun « la lente marche de l’animalité vers l’incroyable complexité de l’être humain ». Cette représentation semble acquise et indiscutable. L’est-elle vraiment ? Je me propose ici d’ouvrir une brèche dans cette certitude. Je le ferai, non pas à l’aide d’une théorie globalisante, mais en ouvrant des pistes que le lecteur suivra ou non, selon son gré, jusqu’où bon lui semble.

On dit souvent que la main est d’une perfection merveilleuse. Qu’on la compare néanmoins à la patte de la taupe, au pied du cheval, aux griffes du tardigrade, à l’aile de l’oiseau, en laissant tomber les notions préconçues du parfait et de l’imparfait. La main humaine n’est-elle pas, entre toutes les extrémités, la moins adaptée à un travail donné ? Ne lui manque-t-il pas quelque chose pour atteindre la perfection des extrémités animales ? C’est cette imperfection, cette possibilité d’usages multiples qui semble faire d’elle la forme originelle, dont toutes les autres peuvent se déduire. Aucune des extrémités animales ne s’y prêterait. Le secret de ses possibilités est le retard de son évolution physique. Cette constatation, de prime abord choquante, peut nous amener aux profondeurs du problème.

Comparons les embryons de l’homme, du chien, du pigeon, etc., à un stade peu avancé. Les extrémités antérieures ressemblent à une main. Plus tard, la patte du chien et l’aile du pigeon s’éloignent rapidement de cette forme. Seule la main de l’embryon humain garde les proportions de base pendant tout son développement.

La généalogie du cheval est célèbre. Les fossiles du tertiaire démontrent que le cheval actuel marche sur le troisième doigt, extrêmement développé, de l’extrémité originelle qui en avait cinq. Les quatre autres ont régressé.

La main semble avoir obéi à un principe de retenue, renonçant au perfectionnement physique, au profit de l’universalité, de la possibilité de création culturelle.

Ces mêmes observations et conclusions peuvent s’appliquer à la tête.

On peut s’imaginer la tête animale issue d’un développement exagéré de certaines parties de la tête humaine. Jamais une face animale ne se rétrécit pour devenir visage humain. Imagine-t-on facilement des crocs animaux se raccourcissant en dents humaines ?

Le cerveau humain s’est développé au-delà de celui de l’animal, mais en gardant les proportions des derniers mois. L’anatomiste hollandais Bolk écrit : « Il n’y a pas de partie de l’homme qui persiste aussi tenacement dans l’état foetal que sa tête » (1926). La tête et le cerveau des animaux supérieurs ont originellement les mêmes proportions que ceux de l’homme, mais ils ne pensent pas à les garder. Le singe nouveau-né a une boîte crânienne de conformation humaine avec un visage bien proportionné. Qu’en reste-t-il après 4-5 ans ?

Que manque-t-il à la tête humaine ? Comme pour la main, on observe qu’elle n’est pas faite pour un usage en tant qu’outil, qu’elle n’est pas continuellement prise par des fonctions physiques. Elle ne sert ni à couper l’eau, comme chez la baleine, ni à écarter la terre, comme chez la taupe, ni de ciseau, ni de tenaille, ni de marteau, comme chez le castor, le perroquet ou le pic-vert. Là encore, on observe chez l’homme une retenue.

Les recherches de Bolk ont montré chez l’homme une prédisposition au pelage complet. Chez l’animal, le développement se poursuit librement ; chez l’homme, il est refoulé, sauf dans le cas d’anomalies fonctionnelles.

En 1920, Meirowski apportait la preuve que la répartition des "envies" sur la peau correspondait aux dessins sur la peau des animaux. On l’a interprété, avec des cris de victoire, comme réminiscence d’états antérieurs. Cela peut tout aussi bien révéler les prédispositions animales chez l’homme qui ne sont plus refoulées en cas d’anomalie.

Le développement spirituel de l’homme semble bien dû à un principe de refoulement du développement physique.

Je suis bien conscient que toutes ces remarques n’ont pas caractère de preuves et elles n’y prétendent pas. Mais elles devraient inciter à se fier un peu moins aveuglément à la caution "scientifique" du document L’Odyssée de l’espèce récemment diffusé sur FR3 et aider à prendre conscience que cette présentation n’est qu’une hypothèse, une construction imaginée à partir de constats, eux, bien réels mais qui ne contiennent pas en eux-mêmes la nécessité de ces conclusions. L’idée préconçue (ou postulat caché) que l’homme dérive de l’animal y est partout présente.

A la fin de l’an 2000, la découverte de "Millenium ancestor", âgé de 6 millions d’années, au Kenya le révèle bien plus humain que "Lucy" qui n’a, elle, que 3 millions d’années.

En tire-t-on les bonnes leçons ?

Je dois dire par honnêteté que ces considérations sont largement issues d’un ouvrage des années trente (L’Homme et l’Animal, du Dr Hermann Poppelbaum) dont je me suis efforcé de synthétiser une petite partie dans un article pas trop long.

Pourquoi ne sont-elles jamais évoquées, pas plus que de nombreux travaux d’alors, démentant sans équivoque la vision aujourd’hui dominante ?

Y aurait-il un « paléontologiquement correct » ?

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