Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 285 du 8 février 2003 - pp. 16 à 18
A propos de l’Affaire Plantin
Hélas non ! "Tout le monde"
n’en parle pas...

La condamnation de l’éditeur révisionniste jean Plantin à six mois de prison ferme est un événement d’une telle gravité pour la liberté de la recherche, de la réflexion, de l’expression en France ; le silence assourdissant des médias et des politiques face à cette décision est un signe si inquiétant de l’installation, dans notre pays, d’une dictature de la pensée de plus en plus enférocée, que nous avons décidé de revenir, cette décade encore, sur le sujet.

C’est l’auteur-éditeur Claude Courouvre, docteur en philosophie, qui examine ici les conséquences judiciaires, médiatiques et politiques de cette application toujours plus large et sévère de la loi Fabius Gayssot.

Si Le Libre Journal n’ambitionne pas de se substituer aux revues spécialisées qui ont le courage de tenir la seule attitude qui vaille dans le domaine de la recherche historique : le révisionnisme systématique, c’est à dire l’incessante confrontation des faits tenus pour acquis avec les découvertes de la science historique, il reste ainsi dans le droit fil de sa ligne éditoriale de défense de la tradition catholique et de la résistance française à toutes les formes de l’oppression.

Y compris à la police de la pensée et à ses sicaires dont les menaces ont fait d’une presse qui fut jadis la plus libre du monde, une domesticité caquetante, asservie et corrompue.

S. de B.

La question révisionniste méritait un examen attentif que ce genre d’émission, Tout le monde en parle (France 2, 18 janvier 2003), ne permet malheureusement pas. Les arguments kantiens de Robert Ménard en faveur de l’abrogation de la loi Gayssot, soit l’état de minorité dans lequel cette loi maintient les citoyens, et le refus politique de cet état, sont très pertinents mais incomplets, car le président de Reporters sans frontières n’a considéré que l’aspect politique et journalistique de la chose, qui est secondaire, et ignoré l’aspect épistémologique, qui est fondamental car constituant un déterminant culturel de tout le reste, et concernant les philosophes, les historiens et les juristes. L’expérience des pays en voie de sous-développement a en effet largement montré, s’il le fallait encore, que ce n’est ni la politique ni l’économie qui fait avancer une société, mais sa culture.

Sur le seul plan politique, un philosophe du droit, l’Américain Ronald Dworkin, ajouta sa voix à celle de nombreux défenseurs de la liberté d’expression, en jugeant « antidémocratique » cet article 24 bis et en caractérisant avec une parfaite cohérence la démocratie véritable, non comme « un système dans lequel la majorité pourrait imposer sa volonté aux autres sans se soucier de ce qu’ils pensent », mais sous la forme d’un « partenariat, dont nul ne doit être exclu sous prétexte que ses opinions sont stupides ou haïssables » ; c’est d’ailleurs précisément, et on n’y pense pas assez, ce point de vue systématiquement tolérant qui rend possible dans la France laïque l’exercice de la liberté philosophique et religieuse, ainsi que celui des pratiques cultuelles.

Le législateur Gayssot n’a-t-il jamais nié le Goulag ?

Robert Ménard a, certes, eu parfaitement raison de dire que, dans une situation inversée, la négation du goulag par les communistes n’avait pas entraîné de répression judiciaire ; on peut ajouter que le PCF (à l’origine de cette loi Gayssot) avait même tenté, sans succès, de faire condamner les dénonciateurs de ce goulag, et ceci sans que ses agissements lui soient beaucoup reprochés (Jospin avait même décerné au PCF un brevet d’honorabilité en prétendant que celui-ci n’avait jamais attenté aux libertés).

Lorsque Robert Ménard dit que les idées de Robert Faurisson sont « monstrueuses, choquantes, blessantes », il n’argumentait pas ; sur ce point, c’est Arno Klarsfeld qui est efficace, car l’accusation d’escroquerie portée contre les seuls juifs est en effet infamante, et sort inconsidérément du registre historique ; Faurisson a d’ailleurs été condamné pour cela bien avant l’existence de la loi Gayssot (TGI Paris, 1re chambre civile, 1er juillet 1981). Encore faudrait-il savoir de quoi on parle quand on parle des juifs. S’agit-il d’un peuple, d’une nation, d’une religion, d’une race, d’une ethnie, d’une caste, ou encore d’autre chose ? Quoi qu’il en soit, les chrétiens (pour l’origine et la systématisation de l’antisémitisme) et les communistes (pour l’instrumentalisation bientôt séculaire de l’antinazisme) me semblent au moins aussi impliqués que les organisations parlant au nom de la communauté juive dans cette affaire.

Il est donc nécessaire de dissocier l’accusation politique d’escroquerie de l’affirmation épistémologique de non-existence des chambres à gaz homicides. Le simple doute sur les gazages homicides, tel que René Rémond, Jean-Gabriel Cohn-Bendit et Marc Sautet (fondateur des cafés-philo) avaient pu le formuler, ne saurait être assimilé à une accusation d’escroquerie portée contre la catégorie des juifs, et contre eux seuls. Mais il ne saurait non plus être assimilé à une exonération du nazisme pour ses crimes. En admettant que les victimes des camps de concentration soient dues pour l’essentiel au typhus, il reste que s’il n’y avait pas eu de déportation, il n’y aurait pas eu d’épidémies de typhus dans les camps. Le crime, de guerre ou contre l’humanité, subsiste. Lorsque l’on avance qu’Hitler ou Staline ont traité les juifs ou les koulaks, familles comprises, en ennemis déclarés, c’est une explication, voire une observation, ce n’est pas une excuse.

Que « tout le monde en parle » n’est pas exact. La police de la pensée trouvera, hélas, bien moins d’opposants que la police des moeurs ; le pluralisme de la pensée, et la pensée tout court, sont encore loin d’être des valeurs dominantes. Mais beaucoup de ceux qui ont regardé l’émission le 18 janvier, ou son résumé le 25, auront trouvé la « crétinerie » d’Arno Karsfeld contre-productive (lancer un verre d’eau sur Robert Ménard).

Il aurait été fort utile, à mon sens, de recourir dans cette émission à un exposé chronologique de la problématique de la loi Gayssot, exposé que je tente ici :

1. - Il y a eu jusqu’en 1945 des rumeurs dont les éléments sont aujourd’hui reconnus faux : homicides par gaz de chlore (Thomas Mann, dans Appels aux Allemands), par électrocution (Pravda du 2 février 1945) ; attribution du massacre des officiers polonais à Katyn aux nazis.

2. - Il y a eu après la guerre des témoignages aujourd’hui reconnus faux : gazages prétendus à Dachau (Fernand Grenier, ministre communiste du gouvernement provisoire d’Alger), lieu où l’on fait visiter un local désigné comme « chambre à gaz [qui] ne fut jamais utilisée » ; gazages prétendus à Buchenwald (témoignages des prêtres français Jean-Paul Renard et Georges Hénocque) ; aussi des oeuvres de fiction fort contestables (film Nuit et Brouillard d’Alain Resnais en 1955 ; roman d’Elie Wiesel La Nuit, 1960).

3. - Il y a eu après la guerre des doutes exprimés par des personnes non suspectes de sympathie pour les nazis ou pour l’extrême droite : Orwell, revue Les Temps modernes (Jean Pouillon), Paul Rassinier, le philosophe Jean Beaufret (ancien résistant).

4. - La présence et l’usage du Zyklon B en tant qu’insecticide ne sont contestés par personne ; c’est le détournement de cet usage à des fins homicides qui est discuté. Une photo d’un bidon de Zyklon B ne peut donc servir de preuve des gazages homicides.

5. - De l’aveu même de Pierre Vidal-Naquet, « il y a eu des chambres à gaz imaginaires ». Par ailleurs, les adversaires de Faurisson se trouvent divisés en deux groupes, ceux qui pensent que les preuves des chambres à gaz ont été détruites, et ceux qui pensent qu’il subsiste une abondance de preuves ; seul un de ces deux groupes peut avoir raison.

Ces deux éléments, joints aux quatre points précédents, justifient amplement la demande de réexamen de la question, réexamen souhaité par Edgar Morin dès 1981.

Pierre Vidal-Naquet : « Il y a eu des chambres à gaz imaginaires. »

6. - Dans Le Monde du 8 mars 1979, François Delpech écrivait : « Les archives des camps ont été en grande partie détruites. »

Dans Le Monde du 24-25 septembre 1989, une dépêche AFP annonce que l’URSS va autoriser le CICR à microfilmer 46 volumes d’archives allemandes d’Auschwitz.

Dans Le Monde du 23-24 juin 1991, une dépêche AFP annonce que l’URSS vient de remettre à la Pologne quatre des quarante-six volumes d’archives d’Auschwitz emportés en 1945.

Que contiennent ces volumes d’archives ? Nous ne sommes pas encore autorisés à le savoir...

7. - En 1990, le ministre polonais de la culture a fait déposer les plaques du monument de Birkenau qui portaient le chiffre d’origine soviétique de quatre millions de victimes à Auschwitz. En France, cette information n’a été diffusée qu’après le vote de la loi Gayssot...

8. - Le réexamen de la réalité des chambres à gaz est bloqué par la loi Gayssot, ce qui aboutit au paradoxe que le catalogue informatisé de la BNF, interrogé en décembre 2002 sur le sujet « chambres à gaz », donne accès à 17 références consultables, dont 7 adoptant la thèse officielle, et 10 la thèse révisionniste. Ce score 10 à 7 est un effet direct de la loi Gayssot. Mais avant même cette loi, la déclaration de 34 historiens selon laquelle « il ne peut y avoir de débat sur l’existence des chambres à gaz » (Le Monde, 21 février 1979) n’était pas faite pour encourager les vocations. En 1987, Annette Wieviorka constatait : « Aucun normalien agrégé d’histoire ne s’est penché sur l’histoire contemporaine des juifs de France ou d’ailleurs. » Aussi Arno Klarsfeld se contredisait-il lorsqu’il affirmait que le révisionnisme « se combat par les travaux universitaires » (Tout le monde en parle, France 2, 18 janvier 2003).

9. - En 1992, Annette Wieviorka publie Déportation et Génocide chez Plon ; ce livre donna 5 pages sur 506 à la « question (sic) des chambres à gaz » ; ces cinq pages relèvent d’une partie intitulée « Diversité des situations dans les camps » ; leur contenu n’apporte aucun élément nouveau mais se borne à reconnaître la fausseté d’un certain nombre d’affirmations et de témoignages (abbé Hénocque, Rovan, Tillion, entre autres).

10. - De nombreuses personnalités françaises se prononcèrent, au fil du temps, contre cette disposition (art. 24 bis de la loi sur la presse) : les anciens ministres de la justice Jacques Toubon et Simone Veil ; Jacques Toubon, alors député, précisait : « Je suis contre le délit de révisionnisme, parce que je suis pour le droit et pour l’histoire, et que le délit de révisionnisme fait reculer le droit et affaiblit l’histoire » (AN, 3e séance du 21 juin 1991) ; Jacques Julliard, Annie Kriegel (décédée), Alfred Grosser (Le Monde, 13 septembre 1990), Michel Tournier (prix Goncourt), Jean Foyer (ancien ministre) ; les anciens sénateurs Paul Masson, Jacques Thyraud, Jean Marie Girault et le sénateur René-Georges Laurin ; l’historien de la littérature russe Georges Nivat (ENS-Ulm), qui déclarait « Je n’approuve pas la loi qui institue un délit de contre-vérité historique » (communication personnelle) ; Dominique Jamet ; le député Jacques Limouzy (RPR), Me Jacques Vergès, Me Patrick Simon ; l’historien Maxime Rodinson ; l’éditeur Jean-Jacques Pauvert ; « la grande majorité des historiens », selon les termes de Pierre Vidal-Naquet (Le Monde, 4 mai 1996), dont François Furet ; loi « unanimement contestée par les historiens, les juristes et les politiques » (l’hebdomadaire EDJ du 27 juin-3 juillet 1996) ; Alain Peyrefitte, ancien ministre de la justice ; l’Académie des sciences morales et politiques (octobre 1996) ; Jacques Caritey (Revue administrative) ; le philosophe Paul Ricoeur ; Michel Houellebecq et Alain Robbe-Grillet ; Robert Ménard (Reporters sans frontières) ; Ivan Rioufol (Le Figaro). Selon un sondage Sofres/UEJF de janvier-février 2002, 51 % (contre 48 %) des jeunes de 15 à 24 ans estimeraient que « chacun peut penser comme il veut ».

11. - Enfin, cette loi Gayssot aboutit à des situations ubuesques : demande de huis-clos pour juger les auteurs d’écrits révisionnistes, mise en cause de publications pour la seule mention de l’existence du révisionnisme (Quid 2002 et Quid 2003). Le statut du révisionnisme tend à rejoindre celui de la sodomie au Moyen Age, péché dont il ne fallait pas prononcer le nom. Ceci montre que les dispositions antirévisionnistes sont de caractère très archaïque.

Un député UDF propose de durcir la loi Gayssot

12. - En ce qui concerne le Quid 2003, je déplore le retrait injustifié (et inefficace), sous la pression, de l’estimation du nombre des victimes par Robert Faurisson pour Auschwitz-Birkenau : « 150 000 en tout (dont environ 100 000 Juifs, la plupart morts du typhus) » ; cette estimation fermait une fourchette qui s’ouvrait avec l’estimation haute de 9 000 000 (film Nuit et Brouillard, 1955), le Quid proposant pour sa part le chiffre de 1 200 000. L’argument ne peut en être la caution d’ « historien sérieux » par là accordée à Faurisson puisque les auteurs de la vingtaine d’autres estimations ne sont pas tous des historiens patentés de la seconde guerre mondiale, loin de là, et que l’estimation de Pressac (630 000 à 710 000 victimes) est elle aussi contestée par des publications juives. D’autre part, ce retrait supprime l’intérêt de tout le passage introduit par la mention « D’autres chiffres ont circulé » (page 703c). Mieux vaudrait, pour la cohérence du texte, supprimer tous ces chiffres et s’en tenir à l’estimation du Quid, 1 200 000 morts. Mais c’est alors toute la cohérence du projet encyclopédique, « Tout sur tout », qui serait perdue. Sans parler de la confiance des lecteurs qui voient les éditions Robert Laffont céder à une orthodoxie communautariste. Aux vingt chiffres cités pour le nombre de victimes à Auschwitz, page 703c, on pourrait d’ailleurs ajouter :

- 5 000 000 (L’Humanité, 24 avril 1945)
- 7 000 000 de juifs (abbé Hénocque, 1947)
- plus de 4 000 000 (Encyclopédie Castermann, 1977)
- au moins 1 000 000 (Encyclopaedia Universalis, 1989)
- 1 100 000 à 1 500 000 (F. Piper, 1990)
- 775 000 à 800 000 (Pressac, 1993).

13. - Plutôt que d’aller vers l’abrogation, le député UDF François Rochebloine propose de renforcer la loi Gayssot en interdisant la contestation de tous les crimes contre l’humanité (Prop. de loi n° 479), et reproche, dans l’exposé des motifs, à la propagande négationniste de contester la déportation ; or les révisionnistes n’ont jamais contesté la déportation, ni d’ailleurs l’existence des camps de concentration (comme l’affirmait Franz-Olivier Giesbert il y a peu). On peut reprocher bien des choses aux révisionnistes, notamment leur alliance avec les islamiques contre Israël, mais pas cela.

14. - La condamnation à six mois de prison de l’éditeur Jean Plantin (révocation du sursis d’une condamnation antérieure), venant après l’annulation rétroactive de ses diplômes, donne raison à Emmanuelle Duverger et Robert Ménard lorsqu’ils écrivent : « Les révisionnistes [...] font l’objet d’une véritable chasse aux sorcières » (La Censure des bien-pensants, Albin Michel, 2003).

Claude Courouve
Dr en philosophie, auteur-éditeur
Ccourouve@aol.com
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