Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 285 du 8 février 2003 - p. 14
14 ans de Goulag ?
Limonov, notre Dreyfus

Après six mois de silence complet, la presse internationale commence à s’ébrouer, à l’approche de la mise à mort du grand écrivain franco-russe Edouard Limonov. Deux médias russophones venaient tour à tour de me demander un entretien(1), quand l’AFP a repris le "fil"...

« SARATOV (Russie), 31 janvier (AFP) - Une peine de 14 ans de détention a été requise vendredi contre l’écrivain et leader du parti ultranationaliste russe National-bolchévique Edouard Limonov, qui comparaît pour "terrorisme" devant un tribunal de Saratov (Volga). »

Contre toute vraisemblance, le procureur Serge Verbine a déclaré au tribunal qu’il avait été « prouvé que M. Limonov était coupable d’appel à coup d’Etat, de tentative de formation de groupes armés illégaux, de préparation au terrorisme, ainsi que de complicité de recel d’armes et d’explosifs ».

Le contraire a été abondamment démontré devant le tribunal, comme le journaliste américain Mark Ames l’a rapporté en détails, de Saratov à Moscou, dans Le Libre Journal en octobre 2002.

De même, la déposition de l’enquêteur du FSB, Oleg Chichkine, a permis de confirmer l’information de l’avocat de la défense selon laquelle la compagne de l’accusé qui affirme avoir acheté des armes pour le compte de Limonov avait été logée à Moscou chez un ami d’Oleg Chichkine. C’est reconnaître qu’il s’agit bien d’un "témoin sous influence". Ce fait illustre bien, à nouveau, les méthodes qui étaient, et restent celles du FSB-KGB.

Le procureur Verbine déclarait à Kommersant, le 17 septembre 2002 : « Aucune instruction particulière ne m’a été donnée pour la conduite de cette affaire. Je n’ai pas a priori l’intention d’enterrer Limonov en prison. En tant que citoyen les idées du Parti national-bolchévik me semblent séduisantes... » C’est le même homme qui aujourd’hui demande 14 ans et "précise" que « l’écrivain devrait purger sa peine en camp de détention à régime sévère. » Sinistre, mortelle précision, au pays du Goulag.

« Je m’y attendais, on m’avait dit lors de l’instruction que j’écoperais de 10 à 15 ans », a déclaré l’écrivain, amaigri et barbu, en s’adressant aux journalistes dans la salle du tribunal après le réquisitoire. Il s’est déclaré « d’autant moins étonné que dans la salle se trouvaient des gens du FSB surveillant le procès ».

Son avocat Serge Béliak a déclaré à l’AFP que l’accusation n’avait « pas de preuves directes, mais tentait de sauver la face ».

Voilà donc où en est la justice de notre grande, de notre belle, de notre chère, de notre sainte Mère Russie ! Après dix ans de "démocratie" !

L’accusation et le FSB se sont ridiculisés au cours du procès. Leurs griefs se sont évanouis en fumée. Mais imperturbablement, niant l’évidence, le procureur en uniforme bleu à galons dorés demande 14 ans de Goulag ! Contre un simple emmerdeur à rotatives ! Un lanceur de tomates !

Moeurs exotiques, ou soviétiques ? Que non ! Le gouvernement français est complice. Limonov est citoyen français, mais il attend en prison, depuis 18 mois, une visite consulaire, un mot, un cachet d’aspirine, de la part de nos autorités, qui préfèrent clamer, et organiser, dans les heures qui suivent son inculpation, leur appui à Zacharias Moussaoui, impliqué, aux USA, dans les crimes monstrueux du "11 Septembre".

Quoi qu’il advienne, ce reniement restera une tache indélébile au front de notre diplomatie.

Le président Chirac reçoit officiellement le président Poutine du 10 au 12 février. Il peut, il doit empêcher la tache, la honte de s’étendre, d’un mot.

Le dira-t-il ?

Nous, écrivains, éditeurs, journalistes signataires de la pétition "Liberté pour Edouard Limonov", nous le crions, ce mot.

Nous accusons !

Nous crions que l’anarcho-libéralisme mondialiste, hypocritement drapé dans les Droits de l’Homme, avait déjà son Auschwitz avec les 2 millions de morts du Rwanda.

Avec les 14 ans de Goulag requis contre le grand écrivain Edouard Limonov, le totalitarisme anarcho-libéral a son Dreyfus !

Limonov est innocent. Liberté pour Edouard Limonov.

Patrick Gofman
secrétaire de la campagne internationale
"Liberté pour Edouard Limonov !"

(1) "Rousskaïa Misl", 6 février 2003.
***
Exclusif :
L’avocat de Limonov parle au "Libre Journal"

Nous avons pu le joindre au téléphone à Saratov, dimanche 2 février 2003. Serge Beliak, principal avocat d’Edouard Limonov, a bien voulu nous confier son angoisse.

Le Libre Journal : Votre pronostic, zéro ou 14 ans de Goulag ?

Serge Béliak : Aucune idée ! Le procureur demande 14 ans de "camp à régime sévère". Moi je plaide pour le minimum. J’espère une condamnation conditionnelle, avec remise en liberté...

- "Amaigri et barbu" selon l’AFP, Edouard aura 60 ans cette année. Combien de temps peut-il survivre dans un camp ?

Je ne sais pas... On va s’arranger pour qu’il ait le minimum. Je ne peux pas croire qu’il prenne 14 ans !

- Que pouvons-nous encore faire pour l’aider, en Occident ?

La presse russe ne s’y intéresse plus. Vous, ne baissez pas les bras. N’oubliez pas Limonov. Continuez... Et puis, s’il était lourdement condamné, il faudra penser à le soutenir financièrement. Pour l’heure, Edouard remercie vos lecteurs et vos auditeurs pour leur courrier.

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