Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 285 du 8 février 2003 - p. 10
Stratégie
Irak : c’est aussi la guerre de l’eau

Analyste politique de la CIA durant la guerre Iran/Irak, professeur de l’école de guerre de 1988 à 2000, directeur, en 1991, d’une enquête militaire chargée d’étudier comment les Irakiens se comporteraient en cas de guerre contre les Etats-Unis, auteur de L’Irak et le Système pétrolier international. Pourquoi l’Amérique a fait la guerre dans le golfe Persique, Stephen C. Pelletiere a eu accès aux documents traitant du golfe Persique classés secrets à Washington.

Dans le New York Times du 31 janvier il vient de faire paraître un article qui montre que Washington continue à recourir aux méthodes d’intoxication, de propagande et de mensonge qui avaient permis, avec la fameuse affaire des couveuses de Koweit City, de convaincre l’opinion mondiale du bien-fondé de la guerre.

Cette fois, c’est Bush en personne qui, dans son récent discours, a prétendu fonder sur des raisons morales sa détermination d’attaquer « Le dictateur, qui rassemble les armes les plus dangereuses du monde (et) les a déjà utilisées sur des villages entiers, provoquant la mort de milliers de ses propres concitoyens ou les laissant aveugles ou défigurés ».

Les Américains ont reconnu là une nouvelle allusion au principal prétexte de la propagande belliciste de Bush : punir et empêcher la récidive du gazage de Kurdes irakiens dans la ville de Halabja en mars 1988.

Or Stephen C. Pelletiere a eu accès au compte rendu secret de l’enquête sur l’affaire Halabja par le Service de renseignement de la Défense.

Cette étude conclut que c’est du gaz iranien qui a tué les Kurdes.

Les Kurdes gazés ont en effet été tués par un gaz agissant sur le sang - à base de cyanure - que l’on savait employé alors par l’Iran. Les Irakiens, censés avoir utilisé du gaz moutarde lors de cette bataille, ne possédaient pas à l’époque de tels gaz.

Selon Stephen C. Pelletiere, « il n’est pas juste d’accuser Saddam Hussein d’avoir génocidé ses propres citoyens par gazage à Halabja parce que, pour autant que l’on sache, toutes les fois que du gaz a été utilisé il l’a été dans le cadre d’une bataille. Cela fait partie des drames de la guerre. Il se peut qu’il y ait de bonnes raisons pour envahir l’Irak, mais Halabja n’en est pas une ».

Et l’ancien expert de la CIA ajoute : « Ceux qui estiment que le désastre de Halabja doit servir de prétexte aujourd’hui pourraient peut-être se poser une autre question : Pourquoi l’Iran tenait-il tant à s’emparer de la ville ? En y regardant de plus près, on comprendra peut-être mieux la raison pour laquelle l’Amérique a tant besoin d’envahir l’Irak. »

A cette question cent fois ressassée la réponse est toujours la même : il s’agit de monopoliser les réserves de pétrole.

Et pas un commentateur ne semble savoir que l’Irak possède, outre les plus grandes réserves de pétrole du monde, le plus grand réseau fluvial du Moyen-Orient.

Outre le Tigre et l’Euphrate, il y a, dans le nord du pays, le Grand Zab et le Petit Zab ; ce trésor fait que dès le VIe siècle l’Irak était couvert de chantiers d’irrigation et servait de grenier à blé pour toute la région.

Avant la Guerre du Golfe, l’Irak avait construit un système impressionnant de barrages et de projets de contrôle des eaux, dont le plus grand était le barrage de Darbandikhan dans la zone kurde.

C’est de ce barrage que voulaient s’emparer les Iraniens lorsqu’ils ont pris Halabja.

Dans les années 1990, on a beaucoup parlé de construire un pipeline, dit Le Pipeline de la Paix, qui amènerait les eaux du Tigre et de l’Euphrate vers le sud, dans les Etats complètement desséchés du Golfe. C’est-à-dire, en clair, vers l’Israël.

Les Irakiens se sont toujours opposés à ce projet. Et il est évident que si les Américains envahissent l’Irak, les choses vont changer et que, par leur intermédiaire, les Israéliens deviendront les maîtres du pétrole mais aussi de l’eau, ce qui leur assurera une formidable puissance dans toute la région.

D’ores et déjà, ils exploitent à leur seul profit les ressources en eau de toute la Palestine.

Dans certaines colonies, les maisons des Juifs sont entourées de gazon bénéficiant de l’arrosage automatique leur gazon et les habitants se baignent dans leurs piscines privées alors qu’à quelques centaines de mètres, dans les villages palestiniens voisins, l’eau de consommation est rare. Voire raréfiée volontairement afin de convaincre les habitants de partir.

En outre, en captant l’eau du Jourdain, les colons juifs sont en train d’assécher la Mer Morte comme les soviétiques l’ont fait avec la Mer d’Aral. Depuis 1950, son niveau a baissé de plus de 30 % et les touristes peuvent voir, par exemple, que les bars qui avaient été construits le long du rivage se trouvent aujourd’hui à des centaines de mètres du bord de l’eau. Selon les experts, la mer morte devrait avoir disparu dans moins d’un siècle...

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