Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 285 du 8 février 2003 - p. 3
Parlons Franc
Politique fiction ?

Des dizaines de milliers de jeunes patriotes français armés de bâtons, de vieux sabres, de couteaux et de pierres ont envahi les quartiers africains de la capitale.

Au cri de « Dehors les traîtres voleurs et pillards ! » et de « A la porte les colonisateurs de peuplement ! » ils ont pillé les boutiques et proféré des menaces de mort contre les « sales nègres ! ».

Sans susciter aucune intervention des forces de l’ordre, les jeunes membres du Parti unique présidentiel ont crié des slogans ouvertement racistes, dénonçant « le bruit et l’odeur ».

Le lendemain, des dizaines de milliers de femmes françaises ont fait le siège de l’ambassade de Côte d’Ivoire à Paris pour exiger le départ immédiat de « l’occupant ivoirien ». Certaines agitaient des drapeaux américains et criaient des slogans assimilant le président Bagbo à Ben Laden.

Le ministre des affaires étrangères de Côte d’Ivoire a invité ses compatriotes résidant en France à quitter le pays le plus rapidement possible.

Seize mille résidents ivoiriens sont actuellement employés à Paris. Leurs épouses et leurs enfants ont été accompagnés sous escorte jusqu’à l’aéroport de Roissy où des milliers de patriotes français les ont insultés et molestés pendant des heures, allant jusqu’à leur cracher au visage.

La plupart des rapatriés, installés en France depuis de longues années, ont dû abandonner leurs biens et leurs maisons dont plusieurs ont été pillées.

Les autorités ivoiriennes ont cependant tenu à préciser qu’elles n’avaient donné aucun « ordre » d’évacuation mais simplement « suggéré » un départ volontaire des personnes que leurs occupations ne retiennent pas à Paris.

Aucune association antiraciste n’a exprimé la moindre désapprobation. La radio d’Etat en France s’est bornée à inviter les manifestants à se garder de « certains excès qui pourraient exprimer avec trop de vigueur la légitime colère du peuple parisien devant la présence de plus en plus insupportable d’une population ivoirienne trop présente à Paris ».

A l’origine de cette crise, l’immixtion de responsables ivoiriens dans le débat politique français, la participation de nombreux ressortissants ivoiriens à des manifestations politiques en France et finalement l’exigence formulée par le président Bagbo, devant la politique sécuritaire conduite par l’actuel ministre français de l’intérieur, de le voir remplacé, ainsi que son collègue de la défense, par un représentant du Parti socialiste français.

Le président Bagbo avait, on s’en souvient, convoqué le président français et les représentants de l’opposition socialo-communiste à Yamoussoukro pour leur imposer la signature d’un accord.

Il avait expliqué cette intervention par le fait qu’en monopolisant les pouvoirs législatif et exécutif le Parti unique présidentiel présentait pour la France le risque d’un déséquilibre grave des institutions dans un pays où le chef de l’Etat en place ne représente, si l’on en juge par les résultats du 21 avril dernier, que 15 % à peine de l’électorat.

La presse ivoirienne avait d’ailleurs, à l’époque, souligné le caractère antidémocratique de la campagne pour le deuxième tour et souligné que le score final de l’actuel président n’avait été obtenu qu’au prix d’une sorte de hold up électoral fondé sur le mensonge et la manipulation.

Le président Bagbo avait argumenté qu’en somme le Parti unique présidentiel représente un nombre d’électeurs égal à celui de l’opposition de gauche qui, pourtant, est totalement écartée des affaires. Il avait donc exigé la signature de l’accord de Yamoussoukro en menaçant le président français d’être cité à comparaître devant le Tribunal pénal international en cas de violence dans la répression des troubles que pourrait susciter cette situation « légale mais illégitime ».

A la suite de ces propos, en France, des groupuscules d’extrême gauche s’étaient affrontés violemment avec des groupes de jeunes patriotes.

Des membres de la police et de l’armée s’étaient constitués en « escadrons de la mort » contre les opposants, provoquant de nouvelles manifestations encore plus violentes qui avaient fini par contraindre la Côte d’Ivoire à expédier, en vertu des traités d’assistance liant les deux pays, un corps expéditionnaire chargé de rétablir la paix publique en France.

L’arrivée de ce corps, son maintien et les nombreux incidents avec les jeunes patriotes qui accusaient l’armée ivoirienne de « prendre le parti des opposants » a provoqué l’actuel chaos.

En dépit de l’attente de la communauté internationale, le président français remet jour après jour le discours solennel qu’il devait prononcer pour rétablir l’ordre et annoncer la mise en oeuvre des accords de Yamoussoukro.

Serge de Beketch
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