Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 283 du 17 janvier 2003 - p. 23
Nos pères
Les Apologistes (II)

Les pères apologistes se manifestent sous les règnes de Néron (autour de 64), de Trajan (97-117) et de Marc-Aurèle (161-180). Du point de vue doctrinal, le christianisme rencontre trois types d’accusations calomnieuses : athéisme, immoralité (inceste, orgies, infanticides, anthropophagie) et superstition. On lui oppose deux types d’objection sérieuse : un rapport défectueux à la cité. Cette objection vient des politiques. Le christianisme porterait en lui une subversion sociale (notamment par son égalitarisme) et un incivisme latent. La deuxième objection est un rapport défectueux à la vérité. Elle vient des philosophes : le christianisme est irrationnel. Les contradicteurs les plus fameux sont Félix (avocat), Lucien (écrivain), Porphyre (Juif hellénisé), Celse, Tacite, Suétone (historiens), Diognète et Marc-Aurèle (philosophe et empereur). La réponse chrétienne, ce sont les pères apologistes. Les chrétiens "communiquent" ; ils ne se réfugient pas dans un mutisme peureux ou dédaigneux ; ils répondent, se défendent, exposent. De même que leurs aînés empruntaient les routes, les ponts pour diffuser leur message, les apologistes vont emprunter les concepts, le langage, la philosophie en cours : la culture gréco-latine. Ils investissent l’hellénisme. La forme de la réponse, c’est l’apologie : affirmation, défense, dialogue. Ils mettent en valeur ces paradoxes. Quant à la vie sociale, le chrétien est non seulement un bon citoyen, mais il est l’âme de l’Empire. Il est loyal en tout, sauf par rapport aux temples, aux jeux et à quelques moeurs (infanticide et homosexualité). Quant aux idées, les apologistes retournent l’argument d’antériorité des doctrines : Moïse précède Platon (Justin). Les apologistes doivent se défendre, sur leur droite, des intransigeants (Tertullien) et sur leur gauche, des syncrétistes modérés. Notons que la réponse n’est évidemment pas qu’intellectuelle ; c’est celle du témoignage de vie, jusqu’au martyre.

Abbé Guy-Marie
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