Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 283 du 17 janvier 2003 - pp. 18 et 19
Vérités interdites
Bush déclare une djihad
financière au monde

Contrairement à ce que se plaisent à dire les zélateurs des Etats-Unis, les Américains n’ont pas atteint leurs buts de guerre - ni ceux des Britanniques - en Afghanistan : ils ont échoué à imposer leur pouvoir à un pays qui n’existe pas, depuis la ville considérée comme la "capitale" : Kaboul.

Ils ont, certes, fait tomber le régime des Taliban après avoir fait assassiner le commandant Massoud ; mais ni Karzaï, ni Muhammad Zaïr Shah ne leur donneront le contrôle du pays.

Faire assassiner Massoud était un préalable indispensable parce que le commandant afghan n’aimait pas les Américains. Il avait de bien meilleures relations avec les Européens, et en particulier avec le général Morillon, député européen. S’il était arrivé à Kaboul à la tête des forces du "Front islamique uni pour la libération de l’Afghanistan" - vrai nom de la prétendue "Alliance du Nord" -, il ne se serait pas laissé manipuler par les financiers anglo-saxons du groupe Unocal.

En outre, les soldats américains ont été incapables de réduire les résistances dans les montagnes de l’Est du pays, et ont dû laisser agir les Britanniques. Ainsi, cette bataille affaiblit les maîtres du monde vis-à-vis d’un allié toujours difficile à manipuler.

Non contents d’avoir relancé la guerre en Afghanistan, les Américains viennent de réussir un nouvel exploit pacificateur : ils ont modifié les données de l’islamisme aux Philippines en lançant les islamistes du groupe Abu Sayyaf dans le terrorisme conventionnel. En effet, alors que jusqu’à présent Abu Sayyaf "travaillait" comme partout en Orient, prenant des otages et les relâchant après paiement d’une rançon, maintenant les islamistes philippins se sont mis à poser des bombes.

Et pourtant, lorsque les Américains ont décidé de se mêler des affaires internes des Philippines en envoyant 4 000 hommes pour y éradiquer le terrorisme, ils se sont heurtés au refus impuissant du gouvernement de Manille.

Avoir renversé le régime des Taliban a permis aux financiers qui manipulent Bush et son gang de torpiller les accords entre l’Afghanistan, le Pakistan et la République populaire de Chine. Mais par contrecoup, cela a renforcé l’insurrection maoïste au Népal. Et maintenant, Washington va aussi se mêler des affaires de ce petit pays qui ne lui a rien demandé. Je parle du peuple, pas de son gouvernement. Et nous, Européens, nous laissons faire.

En Palestine, le président américain a servi la soupe aux extrémistes des deux camps en laissant Sharon se livrer à la pire série de crimes de génocide que la région ait connue dans son histoire. Par contrecoup, l’antijudaïsme a repris du service en Europe.

Sur les dessous immédiats de la politique américaine "après le 11 septembre 2001", je ne saurais assez recommander la lecture du livre de Dominique Prédali, "Ce Ben Laden, quelle aubaine !" paru chez Alias et C°. La thèse de ce livre (illustré d’impressions d’écrans Internet, et qui fournit une série intéressante de "sites" et de "liens") est que la guerre contre le terrorisme est en fait une djihad commerciale et financière. Ce livre, qui est une enquête conduite sans complaisance, pourra paraître orienté et partisan aux zélateurs de la pensée unique. Nul doute que, vu les réactions hystériques de la presse conventionnelle au livre de Thierry Meyssan, "L’Effroyable Imposture" (Carnot, mars 2001), les journaux alignés ne feront pas grand cas de ce livre très instructif. Evidemment, il fait partie de ces écrits qui gêneront aux entournures les actionnaires des organes de presse. En effet, les financiers qui ont des intérêts dans la presse ont aussi des investissements dans d’autres domaines. Et, ne l’oublions pas, la guerre est le nerf de l’argent, de nos jours. Mais les lecteurs qui veulent savoir où nous mènent les entreprises implacables des financiers internationaux seraient bien inspirés de le lire, ne fût-ce que pour demander des comptes à leurs élus et aux candidats des prochaines élections.

Ces sujets sont trop amples pour se traiter en un simple article. Il faut procéder avec méthode et faire paraître sous forme de livres les résultats de ses investigations. C’est ce à quoi je vais m’employer maintenant que j’ai découvert la vérité.

Tout le monde a suffisamment de recul maintenant pour pouvoir se rendre compte de ce que la politique que conduisent les Etats-Unis ne cadre en rien avec l’esprit de la Constitution américaine. Les autorités érigent le mensonge en vérité officielle sans même se donner la peine de tenter de convaincre réellement : que vous croyiez ou non ce qu’on vous dit, on s’en moque, mais c’est la vérité officielle que tous les médias doivent entériner. Elles ont mis le contrôle sur la presse américaine avec le Patriot Act(1), et sur une large partie de la presse européenne par l’intermédiaire des investissements privés de grandes entreprises ou de fonds de pension.

Lorsqu’un grand groupe industriel de l’armement possède des maisons d’édition, il est évident que l’information que diffuse ledit groupe ne peut être que conforme à ses intérêts internationaux. Et la paix n’est que fort rarement l’intérêt des financiers et des marchands de canons.

Les autorités américaines ont présenté les attentats du 11 septembre comme venant d’un pays extérieur : AlQâeida, dont le chef est Ussama Bin Lâdin, dont le territoire était le même que celui des Taliban, mais surtout centré sur des grottes dans les montagnes de l’Est. Ce nouvel Hitler avait une ambition politique : étendre la charia sur le reste du monde, notamment en faisant le tour de la Méditerranée - comme les marxistes en leur temps - et ceci en répandant la dictature essentiellement dressée contre les tenants du Bien.

Les soldats français éboueurs en Afghanistan

L’intérêt d’une telle situation permettait de prétendre que les Etats-Unis étaient attaqués de l’extérieur. L’administration Bush pouvait alors prétendre faire agir le chapitre 5 de la charte de l’Otan selon lequel toute attaque extérieure contre un pays de l’Alliance implique une riposte de toute l’Alliance. L’Otan pouvait alors se déclarer compétente pour intervenir militairement. C’est pourquoi, avant de prendre cette décision cruciale, les gouvernements des pays membres ont demandé des preuves de l’implication exclusive de l’Afghanistan, support territorial et politique du "pays" AlQâeida. Ces preuves n’existant pas, le Conseil de l’Atlantique Nord, sous la pression des USA, a prétendu qu’il les avait mais qu’elles étaient couvertes par le "Secret Otan". Et la décision politique a été que l’Otan est partie prenante dans la défense des USA, prête à intervenir selon les demandes formulées par les USA. Ainsi, l’Otan se trouvait "de droit" groupement d’intérêt régional compétent pour traiter la crise.

Cet artifice mis sur pied, le Conseil de sécurité de l’ONU pouvait confier le traitement militaire de la crise à l’Alliance atlantique au titre du chapitre 8 de la charte de l’ONU. Ainsi l’action des forces armées devenait légale, et les pays de l’Otan pouvaient déclencher une opération d’imposition de la paix - Peace enforcement operation - sur la base du chapitre 7 de la charte de l’ONU.

Tout le montage juridique étant achevé, les Etats-Unis ont sélectionné leurs partenaires de l’Alliance pour fournir des troupes. En particulier la Grande-Bretagne, puisque les financiers de l’Unocal, qui ont des intérêts pétroliers à défendre en Asie centrale et en Asie du Sud-Ouest, sont aussi britanniques.

Les Français ont exigé d’être présents dans l’affaire, mais ils n’étaient pas les bienvenus. Leurs troupes ont donc été limitées à un rôle "humanitaire" et sont restées bloquées en Ouzbékistan. Les bateaux français ont fait les poubelles de ceux des Anglo-Saxons dans le golfe Persique, et ont enfin été dépenser beaucoup d’argent pour tirer des bombes sur des grottes vides de tout élément intéressant.

Les Américains ont ainsi mortifié leur "allié" désagréable, en pleine période électorale. Après tout, n’avions-nous pas donné des leçons inacceptables aux Américains pour leur conception de la démocratie ? En effet, en quoi le fait que la Cour suprême choisisse un président qui n’a pas la majorité des suffrages exprimés pouvait-il être du ressort du pays des droits de l’Homme, instigateur de l’indépendance américaine aux côtés des insurgés américains de la Guerre d’indépendance ?

La participation de forces françaises, même de manière ridicule, à l’opération antiterroriste montée sous des prétextes bidonnés ne pouvait qu’impliquer les Français dans le soutien à la politique américaine d’expansionnisme mondial. On l’a vu au Pakistan avec l’attentat de Karachi.

C’est pourquoi les échecs militaires des USA dans la lutte contre les terroristes islamistes n’ont une portée que relative : l’administration Bush a réussi à faire croire à l’image d’AlQâeida qu’elle veut promouvoir. Les Américains veulent faire croire qu’AlQâeida est derrière tous les attentats islamistes. Or, on l’a bien vu pour l’attentat contre le pétrolier français "Limbourg" : alors que la chaîne de télévision Al Jazîra a diffusé fort opportunément une cassette audio inaudible qui se voulait une revendication de l’attaque par « l’ombre verte » de bin Lâdin, le lendemain, l’armée islamique d’Aden a revendiqué l’attentat en reconnaissant que c’était une erreur de cible parce que les assaillants comptaient frapper un bateau américain.

Mais les Américains ne pouvaient pas accepter l’attitude des Français et des Allemands à propos de leur projet d’attaque contre l’Irak. Ils auraient bien aimé voir l’allié incommandable mis au garde-à-vous par les "archanges du mal".

Or, c’est très grave. Parce que dans leur Djihad économico-financière les Etats-Unis sont en train de devenir une URSS, les moyens financiers en plus. Cette situation de fait ne pourra que générer des remous mondiaux, à l’intérieur comme à l’extérieur des USA. Le traitement que le Ceaucescu de Palestine, Sharon, est en train de faire subir aux Palestiniens ne peut que conduire à une réaction anti-israélienne non seulement des Palestiniens, mais aussi du monde entier. Et il ne faut pas que cette réaction devienne un antijudaïsme, car alors on quitterait à nouveau le combat politique pour revenir à la guerre de religion. Et ce style de conflit est toujours une régression de l’Homme, mais aussi des religions prétextes.

Commandant Pierre-Henri Bunel

(1) Selon Robert Fisk, ("The Independent", 6 janvier 2003), l’expression « USA Patriot Act » ne désigne nullement un engagement de fidélité à la patrie. C’est un acronyme qui signifie : « Unite and Strengthen America by Providing Appropriate Tools Required to Intercept and Obstruct Terrorism Act » (loi pour le rassemblement et le renforcement de l’Amérique par la mise en place des moyens requis pour intercepter et enrayer le terrorisme). En clair : loi d’exception.
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