Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 282 du 8 janvier 2003 - p. 18
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La « jungle en folie » pleure son roi

On n’a pas beaucoup vu, dans la presse, d’articles consacrés à la disparition de Mic Delinx, dessinateur vedette de la grande époque de Pilote qu’un oedème généralisé vient d’emporter à l’âge de soixante-douze ans.

Pourtant, Michel Houdelinckx était le créateur des irrésistibles personnages de la Jungle en folie qui, avec plus de vingt albums, fut un des grands succès de la bande dessinée des années fastes.

Ce vrai Parigot (comme ne l’indiquait pas son patronyme qui fit croire longtemps qu’il était un des fleurons de l’école belge) avait débuté dans les années cinquante au journal Pierrot où il publia une série western intitulée Texas Kid. A la fin des années soixante, il rencontre René Goscinny qui écrira pour lui le scénario de sa première BD animalière, La Forêt de Chênebeau, reprise dans Pilote, puis il crée Buck Gallo avec Yves Duval et Tabary (le dessinateur de l’inoubliable Iznogoud) ; enfin, en 1968, il dessine sur un scénario de Fred les charmantes aventures de Pan et la Syrinx.

Mais sa plus grande réussite sera incontestablement le monde hilarant de La Jungle en folie et de ses animaux magiques Gros Rhino, le Docteur Potame (rigoureusement spécialisé en n’importe quoi), Toto l’ornithorynque, Joe le tigre, le grand méchant Loulou, le monstre du Loque ness, les intarissables pies, etc.

Toujours tiré à quatre épingles, veston ceintré et lavallière, l’oeil en coulisse, le sourire carnassier, artistement coiffé « à la rapin », Mic tranchait par son élégance, sa courtoisie un peu hautaine et son absence de fausse modestie sur la faune de la BD des années hippies.

Comble de provocation : il ne cachait ni le montant de ses droits d’auteur ni son mépris pour la vulgate soixante-huitarde de rigueur dans la bande dessinée.

Persécuté pour soupçon de "lepénisme"

A l’aube des années quatre-vingt, il accepta même, par pure sympathie personnelle, de réaliser pour une réception privée chez Jean-Marie Le Pen un carton d’invitation qu’il illustra avec les personnages de sa Jungle en folie.

Ce cadeau allait lui coûter très cher.

Le scénariste, se considérant co-propriétaire des personnages, décida que cette utilisation pourtant bénévole, limitée et strictement privée portait atteinte à ses intérêts et engagea contre son dessinateur un procès qui tourna à la persécution judiciaire.

La procédure dura plus de dix années au cours desquelles Mic a la douleur de perdre brutalement sa femme qu’il adorait.

Il ne devait pas s’en remettre. Dénoncé comme « facho », Mic Delinx fut mis au ban de la BD, écarté par les technocrates qui avaient repris les éditions Dargaud, dépouillé de ses originaux sous les prétextes les plus oiseux, tenu en haleine par des contrats toujours promis jamais signés ; ne trouvant plus de travail, il fut peu à peu acculé à la ruine, perdit son appartement, vendit ses meubles.

Jeté à la rue, traqué par les huissiers, attendant en vain le paiement de reliquats de droits d’auteur, oublié de tous à l’exception de quelques amis qui ignoraient cependant qu’il passait ses nuits secrètement réfugié dans sa vieille voiture ou dans des chambres d’hôtel minables, il avait fini par sombrer dans une dépression sans remède.

Finalement, transporté à l’hôpital, il y est mort le 18 décembre.

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